Géométrie et calendrier chinois

L’un des traits les plus remarquables du calendrier chinois est qu’il a pu traverser les millénaires sans subir d’altération importante. Des textes anciens datés du 14e siècle BC nous confirment que les Anciens Chinois n’ignoraient pas qu’une année comptait 365 jours ¼. C’est ce nombre de jours qui servait précisément de division au cercle. Ainsi, le cercle tout entier était divisé en 365,25 graduations et non 360 ou 366, ce qui implique qu’un angle droit (90 degrés actuels) comprenait 91 graduations 3/8 environ. Cette division du cercle, conçue au plus proche de la révolution terrestre annuelle, montre sans ambiguïté dans ce cas précis qu’elle dérive directement du calendrier. Cette division du cercle exprimerait-elle une variante de la division du cercle mégalithique, qui fonctionnait, présume-t-on, avec 366 degrés ? Le degré chinois équivalait à 59 minutes et 8 secondes ¼ d’arc, une valeur évidemment proche du degré mégalithique (environ 59 minutes d’arc actuelles). Vers 1050 BC, un prince érudit nommé Tcheou Kong écrivit un ouvrage assez fantastique intitulé Tcheou Li (c’està- dire Les Rites de Tcheou). Une partie non négligeable de ce livre traitait de mesures astronomiques d’une précision remarquable. L’ouvrage évoquait également le rôle de l’astronome officiel du royaume, ou Fong Siang Chi, qui avait pour mission d’observer le Soleil au temps des solstices et des équinoxes.
Plus tard, ce sera avec le général Liu Bang, fondateur de la dynastie des Hans et devenu empereur sous le nom de Han Kao Tsu en 202 BC, que l’astronomie sera remise à l’honneur. Amoureux d’histoire et désirant à tout prix récupérer pour la postérité ce qui avait pu échapper aux flammes quatre ans auparavant par son radical prédécesseur, il sauva de l’oubli les quelques écrits historiques qui avaient pu être préservés. Grâce à lui, une partie du prestigieux passé de la Chine put briller à nouveau. Le souverain réinstaura le Tribunal des Mathématiques, une instance dont l’une des prérogatives était de mettre en place le calendrier impérial. A cette date, le calendrier luni-solaire, fonctionnant avec une année de 365 jours ¼, reprit du service.
Dans le calendrier luni-solaire chinois, encore utilisé de nos jours parallèlement au calendrier grégorien, l’année compte 354 ou 355 jours (comme chez les Celtes). L’année est divisée en 12 mois lunaires comportant 29 ou 30 jours. Très tôt, les Chinois furent en mesure de fournir une estimation extrêmement précise d’une lunaison.[491] Comme la Lune n’est pas en phase avec le Soleil, il faut intercaler des mois supplémentaires de temps à autre : la méthode d’intercalation employée consiste à rajouter 7 mois sur une période de 19 ans. On perçoit donc bien que, si l’année de 365 jours ¼ était connue dès les débuts de l’astronomie chinoise, les années dans la pratique n’étaient pas de cette longueur.[492] L’année était idéalement divisée en 12 parties d’égale durée, les équinoxes et les solstices servant de repères à cette division. Ces divisions étaient considérés sur le contour de l’équateur et non de l’écliptique, sans doute à la manière du calendrier minoen.[493] Relativement au plan de l’équateur, le passage au méridien d’un lieu de certaines étoiles brillantes était repéré. Ces observations permettaient de diviser le ciel en 28 parties appelées sieou non égales entre elles, d’ailleurs – qui permettaient de définir certaines dates qui venaient ponctuer l’année. Au départ, on sait que le système fonctionnait avec seulement 24 étoiles. Il est fort probable que le nombre initial d’étoiles repérées fut jadis de 12 étoiles, puis qu’il fut doublé, avant qu’on en ajoute 4 encore. C’est grâce à cette division du ciel que les Chinois ont pu se rendre compte du lent mouvement du firmament dû au vacillement de l’axe de rotation terrestre et connu sous le nom de précession.
Pour mesurer le temps, les Anciens Chinois utilisaient la clepsydre. Cet objet était déjà mentionné dans le Tcheou Li, écrit en 1050 BC. Le gnomon vertical était également employé, ainsi que l’attestent des traités d’astronomie remontant à l’époque des Hans. Ce gnomon devait se terminer par une pointe d’une hauteur de 8 pieds chinois ainsi que le recommandaient les rites en usage. Il servait à déterminer la longueur des ombres méridiennes du Soleil. Pour obtenir la direction exacte de la ligne méridienne, il fallait observer des ombres égales le matin et le soir, puis bissecter l’intervalle angulaire compris entre celles-ci.
Tristan Sylvain - Les Lignes d'or