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O.N.G. - Extrême-orient(é)
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8 janvier 2014

L’esprit des choses : Le voile

Sans titre

L’affaire de la crèche Baby Loup ainsi qu’un rapport inepte sur la politique d’intégration l’ont remis sur le devant de la scène. Comme d’habitude il y jouera le rôle principal sur fond de minarets et d’imams barbus. N’étant ni ouléma ni ayatollah, l’auteur de ces lignes ne peut d’ailleurs affirmer de façon certaine que ce rôle est pleinement justifié. A vrai dire, on ne sait pas vraiment si le voile est prescrit par le Coran, les hadiths ou autres commentaires sur l’islam. Certains le soutiennent mordicus, d’autres, plus rares il est vrai, ne voient dans cette obligation que l’adaptation de coutumes plus archaïques. On voudrait bien croire ces derniers.

Peu importe d’ailleurs. Ces quelques décimètres carrés de tissu, généralement peu affriolants, semblent aujourd’hui ébranler les bases de la République. Dans l’affaire, on a presque oublié que cette entrée en force dans le débat public est toute récente. C’est en effet la révolution iranienne de Khomeiny qui, en 1979, a remis en honneur le tchador et ses cousins tels que le hidjab algérien, puis la burqa ou le niqab pour les versions les plus inquiétantes. Le voile n’est d’ailleurs pas une spécialité musulmane, à beaucoup près. A l’origine, les femmes grecques mariées et de bonnes moeurs se couvrent la tête (Héra est voilée, pas Aphrodite). Plus tard, grâce à saint Paul et sa première épître aux Corinthiens, le catholicisme et l’orthodoxie vont faire grand usage du voile sous toutes ses formes. Pour les femmes, il est devenu le signe de la vie con - sacrée en dépit de tous les conciles. La cornette des soeurs de Saint Vincent de Paul a disparu, le voile est resté, souvent simplifié, il est vrai. Chez les laïcs, la mariée le porte toujours à l’église tandis que les dames les plus férues de traditions tiennent toujours à la bonne vieille mantille pour ne pas assister à la messe « en cheveux ».

S’agit-il de marquer la sujétion honnie de la femme, comme le prétendent les modernes féministes? La réponse n’est peut-être pas si simple. Après tout, la Chine ancienne n’avait rien à envier à l’Occident en matière de soumission féminine et pourtant le voile y était inconnu. Et l’on peut rappeler que le « patriarcal » Ancien Testament ne contient aucune prescription sur la coiffure des femmes: seul l’homme doit se couvrir du châle rituel. Parler d’un vulgaire signe de domination ne suffit pas. Le voile désigne la femme qui le porte comme sacrée, au sens ancien et ambigu du terme. Il y a en effet une ambiguïté du voile. Ce morceau d’étoffe est censé protéger des regards mais cette protection demeure forcément imparfaite. Souple, le voile laisse deviner la forme de ce qu’il dissimule; d’étoffe légère, il est facilement translucide voire transparent. « Tes yeux sont des colombes/Derrière ton voile » dit le Cantique des cantiques. Cette apparente protection est fragile, voire précaire: le voile peut être retiré ou arraché.

C’est même dans bien des cas sa véritable destination. L’exemple le plus significatif peut être trouvé dans la fameuse histoire de la danse des sept voiles. Salomé, fille d’Hérodias, ôte un à un ses voiles devant Hérode Antipas afin d’obtenir la tête de Jean Le Baptiste. Il ne s’agit pas ici d’une simple légende d’effeuillage torride. Le destin d’un prophète est en jeu ainsi que celui d’un roi. Le « dé-voilement » inconsidéré peut ainsi conduire au crime et à la tragédie tout comme il peut mener à l’illumination, une illumination presque insupportable. Car ce qui est sous le voile n’est jamais anodin. Visage aimé ou réalité divine, il s’agit le plus souvent de l’autre et même du Tout Autre. Ce n’est pas par caprice humain que le saint des saints du temple de Salomon est dissimulé aux profanes par un voile, ce voile qui se déchirera au moment de la mort de Jésus, signant la fin de l’ancienne Alliance. Il faut cette fine et mouvante séparation pour que le mystère demeure à portée d’âme. L’étymologie le confirme: le voile révèle infiniment plus qu’il ne cache.

En ce sens, nous aurions grand besoin de voiles, des seuls voiles qui importent: ceux qui nous révèlent l’essentiel. Mais l’homme moderne peut-il encore supporter de tels voiles? 

Jean-Michel Diard

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