L'exemple de la marine japonaise

Si, dans la bataille navale du Skager-Rack (1911), les bateaux allemands avaient eu le même tonnage, le même armement et la même vitesse que les bâtiments anglais, la flotte britannique aurait coulé dans la tombe humide sous la tempête des obus de 38 centimètres allemands, plus précis et plus efficaces.
Le Japon jadis a poursuivi une autre politique navale. Là on s'attachait, par principe, à fournir à chaque nouveau bateau une puissance de combat supérieure à celle de l'adversaire éventuel. Mais, à cette mesure, correspondait alors la possibilité qui en résultait, de mettre en oeuvre la flotte offensivement. Tandis que le commandement de l'armée de terre ne suivait pas un ordre d'idée aussi foncièrement faux, la marine, qui était, hélas ! mieux représentée « parlementairement », souffrait déjà de la tournure d'esprit du Parlement. Elle était organisée selon des points de vue étriqués et fut ensuite mise en oeuvre selon les mêmes principes.
Ce que l'armée sut ensuite acquérir en gloire immortelle, elle doit le porter au crédit du bon travail à l'allemande de ses généraux, à la capacité et à l'héroïsme incomparable de tous ses officiers et de ses hommes. Si le commandement en chef de la marine (allemande) d'avant la guerre avait eu un génie équivalent, les victimes ne seraient pas tombées en vain. C'est ainsi que l'habileté parlementaire consommée du gouvernement fut, en temps de paix, nuisible à la marine en ce que, malheureusement, le point de vue parlementaire commençait à jouer le rôle prépondérant dans les questions de construction, au lieu de le céder au point de vue purement militaire.
La médiocrité, la faiblesse, l'insuffisance de logique dans la pensée - caractéristiques de l'institution parlementaire - déteignirent sur le commandement de la flotte. L'armée de terre, comme nous l'avons déjà dit, ne se laissa pas encore entraîner par un courant d'idées aussi foncièrement faux. En particulier, Ludendorff, alors colonel au grand état-major général, menait un combat désespéré contre les demi-mesures et la faiblesse avec laquelle le Reichstag traitait les questions vitales de la nation et les niait la plupart du temps.
Si le combat, que mena alors cet officier, demeura sans succès, la faute en revient, pour moitié au Parlement, pour moitié à l'attitude encore plus misérable et à la faiblesse du chancelier Bethmann-Holweg. Ceci n'empêche pourtant pas le moins du monde aujourd'hui les responsables de vouloir imputer précisément cette faute à celui qui s'est dressé contre cette incurie à l'égard des intérêts nationaux. Ces meneurs-nés n'en sont pas à un mensonge de plus ou de moins.
AH - Mon combat