Peugeot face aux donneurs de leçons

Peugeot face aux donneurs de leçons PSA a annoncé un important plan de suppressions d'emplois : 3 000 postes supprimés à l'usine d'Aulnay qui sera fermée, 1 400 postes supprimés dans celle de Rennes et 3 600 postes supprimés dans les services hors production. C'est une décision économique d'un groupe confronté à une baisse de son chiffre d'affaires et à des pertes élevées (819 millions d'euros de pertes au 1er semestre 2012). Les syndicats, le gouvernement, certains analystes ont mis en accusation la famille Peugeot, qui contrôle le capital du groupe. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s'est montré arrogant et accusateur : « Nous n'avons pas une confiance extraordinaire dans ce que nous dit la direction de Peugeot. Nous avons un vrai problème avec la stratégie de Peugeot [...] et le comportement de l'actionnaire. » Le ministre a aussi reproché au groupe d'avoir versé 250 millions d'euros de dividendes à ses actionnaires. Certains syndicats accusent aussi la famille Peugeot d'avoir touché des dividendes élevés alors que la situation financière du groupe est mauvaise. Le président du directoire de PSA, Philippe Varin, a fait diffuser un communiqué pour réfuter ces accusations. « La famille Peugeot a toujours donné la priorité au développement du groupe et à sa stratégie, n'hésitant pas à diluer sa participation quand la situation le requérait », dit le communiqué. Concrètement, aucun dividende n'a été versé à la famille en 2009, 2010 et 2012 (pour l'exercice 2011). En 2011, 240 millions de dividendes ont été versés aux actionnaires (dont 78 millions d'euros à la famille Peugeot), chiffres à comparer aux 133 millions d'euros « investis par le groupe familial dans l'augmentation de capital » il y a quatre mois. Le communiqué précise aussi que la famille Peugeot ne pratique pas l'évasion fiscale, tous les membres travaillant pour PSA « habitent en France et payent leurs impôts en France ».
Trop familial, trop « patriotique »
PSA, groupe privé, a encore pour actionnaire principal la famille Peugeot. Cette situation semble archaïque aux socialistes et à nombre d'analystes. Ils reprochent aussi au groupe son « patriotisme ». C'est ce qu'on lit dans un éditorial (non signé) du Monde : « le groupe familial français a aussi fait preuve d'un "patriotisme économique" mal conçu. A l'inverse de son concurrent Renault, PSA Peugeot Citroën avait jusqu'à présent cherché à maintenir l'essentiel de sa production sur le territoire français sans réussir dans sa stratégie de montée en gamme. Renault n'a pas fait preuve de telles pudeurs. [...] Grâce à ses produits "basiques" montés hors de France, Renault gagne de l'argent à l'étranger quand PSA en perd ». Marc Beise, le rédacteur en chef du Süddeutsche Zeitung, le grand journal de Münich (ville historique de BMW), porte un diagnostic similaire : « L'entreprise n'a pas à devenir plus patriotique, au contraire : elle l'a trop été, et c'est l'une des causes de ses difficultés. Une voiture sur deux est encore produite en France, bien plus que chez son concurrent Renault. Compte tenu des coûts élevés du travail et de la rigidité du pays, c'est une situation mortelle. » Le même analyste estime que le PSA devrait « accélérer le déplacement de sa production à l'étranger ». Cette stratégie ressemblerait à une fuite en avant.
La concurrence coréenne
Par rapport à 2005, la France a construit, en 2011, un million de véhicules en moins. Sur le marché national, la concurrence des marques étrangères est forte et sur le marché international les marques françaises sont loin derrière les grandes marques asiatiques. Les gouvernements français successifs et la Commission européenne ne font rien pour réduire la concurrence étrangère. Au contraire. En 2011, un traité de libre-échange a été signé entre l'Union européenne et la Corée-du-Sud. Il permet une libre-circulation des marchandises entre les deux zones. Le 18 juillet dernier, la Commission européenne a demandé aux Etats membres d'engager des négociations avec le Japon pour aboutir à la signature d'un traité similaire. Ce serait un coup mortel pour l'industrie automobile française. On le voit bien avec la Corée-du-Sud. Un an après la signature du traité de libre-échange, le bilan est très inquiétant pour le secteur automobile. Les exportations de voitures sud-coréennes (Daewoo, Hyundai, Kia, etc.) vers l'Europe sont six fois plus importantes que les exportations des constructeurs européens vers la Corée-du-sud. Aux exportations coréennes vers l'Europe s'ajoutent les productions coréennes en Europe. Le groupe Hyundai-Kia a plus de 30 usines installées à l'étranger, notamment en Europe de l'Est. La seule marque Hyundai a déjà 160 points de vente en France et compte en ouvrir une quarantaine d'autres d'ici la fin de 2013. Les analystes sérieux du secteur automobile expliquent assez précisément le succès des marques coréennes en France, et en Europe en général. Les marques coréennes proposent régulièrement des modèles nouveaux (souvent imités de grands modèles américains ou japonais). Elles ont su améliorer aussi la compétitivité technique et la fiabilité de leurs modèles ; depuis le 1er janvier 2011 les voitures Hyundai sont garanties cinq ans (avec un kilométrage illimité), ce que ne propose aucune marque française. Les prix des automobiles coréens sont souvent aussi plus attractifs que le prix de leur équivalent de marque française. Dans le passé, Renault comme Peugeot, ont su proposer des modèles qui ont connu, en France comme à l'étranger, un succès considérable. A partir de 1983, c'est la 205 qui a permis à Peugeot de sortir d'une grave situation financière. L'Etat ne peut pas et ne doit pas intervenir dans la stratégie commerciale et industrielle d'un groupe automobile. L'innovation, le marketing, la recherche de compétitivité technique ne dépendent pas de lui. En revanche l'Etat, c'est-à-dire les gouvernements, peut intervenir pour protéger les industries nationales et empêcher une concurrence sans limite.