Les passions
Comme les frustrations, les rancoeurs et les aigreurs doivent bien, sous peine d'épidémie d'ulcères, trouver des exutoires et que l'on ne peut plus impunément se défouler surs les bougnoules, les juifs et les pédés, il est un racisme toléré, sans risque, et même encouragé, c'est celui envers ces sous-hommes cupides, nuisibles et fainéants que sont les fonctionnaires.
Car « fonctionnaire », ce n'est désormais plus un statut, c'est une appartenance ethnique qui rend solidaire dans l'ignominie l'infirmière et l'éboueur, l'administrateur du Sénat et le bibliothécaire, le prof et l'agent du fisc, le facteur et le général d'infanterie... Qu'il soit lepéniste, marxiste, sarkozyste, catholique, musulman, boudhhiste, végétarien, chasseur, partouzard ou collectionneur de timbres... le fonctionnaire est avant tout fonctionnaire... Et par là, il est coupable. Coupable de tous les maux. La crise des subprimes, l'effondrement du CAC 40, les licenciements massifs dans les entreprises bénéficiaires, la faillite de Leehman Brothers, Madoff, l'égorgement de la Grèce: c'est le fonctionnaire! Le fonctionnaire, c'est cette ordure qui se goberge avec ses 1700 euros par mois et ses 35 heures par semaine, cette salope qui peut aller chercher ses enfants à l'école à 16h30 alors que les « honnêtes citoyens » doivent payer au black des nounous philippines ou haïtiennes, cet enculé qui préfère travailler moins et gagner pas grand chose plutôt que jouer le jeu de la croissance et de la productivité, seules chances de survie de la nation capitaliste en danger!
D'ailleurs quiconque défend le fonctionnaire ne peut être que fonctionnaire lui-même ou, pire encore, collabo, traître à la race des non-fonctionnaires!
De toute façon, comme dans toutes les guerres civiles ou de religion, on ne peut-être que « pro » ou « anti ». Appelez à la nuance, à la réforme, au discernement, à l'inventaire, à la mesure, à la comparaison, c'est déjà être une couille-molles fonctionnarisée jusqu'au trognon, à deux doigts de laisser ses enfants passer un concours administratif pour devenir conservateur de musée ou gestionnaire hospitalier plutôt que les encourager à entrer dans une école de commerce ou à aller faire un MBA fusions/acquisitions aux States!
Il y a cependant un fonctionnaire, un seul, qui trouve grâce aux yeux du libéral, c'est le flic. Ha ça le flic, le flic alcoolique, le flic inculte, le flic obèse, le flic bas du front, le flic violent, le flic obtus et procédurier, le flic soumis et carriériste... il n'y en a jamais assez, et même qu'il n'a jamais assez de pouvoirs, de moyens... et même qu'on ferait bien du supprimer les subventions à la culture pour lui acheter des M16 à visée laser, et même qu'il devrait avoir le droit de tirer à vue sur le méchant bronzé vindicatif!
A condition qu'il se désintéresse de la la route, de ses alcooliques et de ses chauffards (car rouler bourré à 180 à l'heure c'est quand même la quintessence de la liberté individuelle!), le flic, lui, on l'aime, on le chérit, on le défend, on le vénère, on le suce même avec un enthousiasme et une énergie qui font plaisir à voir!
Parce que, voyez-vous, le libéral, il vitupère, il râle, il insulte, il « encule », il dénonce, mais quand il s'agit de se coltiner physiquement à un problème, il préfère quand même déléguer, recourir à des intermédiaires rémunérés pour ça. Pour ce cas de figure, il accepte, joyeusement même, de payer des impôts. Il n'y a bien que pour commander un peloton d'exécution qu'il serait éventuellement prêt à donner un coup de main au collectif, et encore, si ca ne le met pas en retard pour le dîner du Rotary. On n'est pas descendant de Thiers et de Pinochet pour rien...
Le pouvoir aux banques et à la police, ca ne vous fait pas rêver?
Vous devez être fonctionnaires ou, pire encore, inconsciemment socialistes...
