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Certaines vieilles barbes (qui peuvent très bien avoir moins de trente ans...) se plaisent à répéter que « Le Figaro » n'est plus un journal de droite (pas comme au bon vieux temps de Jacques Faizant quoi!) et qu'il n'y a désormais plus de différence entre le plus ancien quotidien de France et Libé ou le Monde. Concernant la seconde partie de l'affirmation, ils n'ont évidemment pas tort (un « blind-test » d'articles parus dans les trois titres suffirait à s'en convaincre...) mais ils en inversent la cause. Ce n'est pas Le Figaro qui est devenu « de gauche », mais bien le Monde et Libé qui sont désormais « de droite ». Un journal sert idéologiquement les intérêts de celui ou de ceux qui le payent, et parmi ceux-ci, de Rotschild à Dassault en passant par les annonceurs publicitaires, il est tout de même fort délicat de discerner d'affreux marxistes le couteau entre les dents, d'ignobles socialos-collectivistes, d'abjects décroissants à dreadlocks, de dangereux phalanstériens ou des illuminés néo-ruraux anti-technicistes.
La grande presse est au service de l'argent, donc du libéralisme sous toutes ses formes (qu'il soit « libéral-libertaire » ou « libéral-conservateur »), et la droite contemporaine, reniant son histoire et ses plus grandes dignités, a incontestablement une fascination aussi passionnelle que compulsive pour cet argent, peut-être parce qu'elle est religieusement attachée à la force et au pouvoir et que, impuissante et stérile, elle ne parvient désormais plus à discerner d'autres vecteurs de ceux-ci.
Exemple, parmi tant d'autres, de cette dérive névrotique, son hagiographie du « travail » qu'elle confond ouvertement et sciemment avec la « capacité à gagner de l'argent », feignant de croire que ceux qui gagnent le plus d'argent sont ceux qui travaillent le plus, prennent le plus de risques, sont des « entrepreneurs » et même, toute honte bue, des « grands capitaines des temps modernes ».
Ainsi, la « droite » qui a perdu symboliquement, esthétiquement, culturellement, socialement, triomphe incontestablement économiquement et s'assoit donc allégrement sur tout le reste puisque, au bout du compte, il n'a bien que cela qui lui importe véritablement.
Peu importe le mariage gay si on supprime l'ISF, l'immigration détruit la France mais sauve le BTP et la restauration donc doit être encouragée, que me chault la réintégration dans l'Otan, les guerres de Libye et d'Afghanistan si Sarko allège les droits de succession, la vidéosurveillance c'est super cela me permet de garder un oeil sur ma maison de campagne, je ne marierais pas ma fille à un bougnoule par contre vendre mon bar-tabac à un chinois ne me gène nullement, d'autant qu'il paye 40% en cash, les Roms, eux, c'est vraiment la plaie parce qu'ils ne veulent même pas vider nos poubelles ou gratter sur des chantiers, pas de pitié pour eux!, j'abhorre les profiteurs et les parasites mais je paye ma femme de ménage au black et ai fait passé l'achat du téléviseur géant sur le compte de la société...
La France de droite, avec ses médias de droite et sa mentalité petit-bourgeoise, poujado-boutiquière pour les uns, bobo-xénophile pour les autres, s'apprête donc à réélire un président de droite. Qu'il se nomme Nicolas Sarkozy ou François Hollande.