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O.N.G. - Extrême-orient(é)
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20 janvier 2011

Pearl Harbor, outil de persuasion massif

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Peu d’événements auront pesé aussi lourd dans la balance de l’Histoire, en tout cas celle de la Seconde Guerre mondiale. On connaît la version officielle : ce jour-là les Japonais ont attaqué traîtreusement la base américaine, prenant totalement de court des autorités américaines qui ne s’attendaient en rien à une telle agression. La vérité historique est quelque peu différente.

L’antagonisme entre le Japon et les Etats-Unis ne date évidemment pas de la Seconde Guerre mondiale. Alors que, depuis le début du XXe siècle, les Occidentaux, Américains en tête, considéraient la Chine comme une vaste proie à dépecer sur le plan économique, le Japon a renforcé ses positions en Chine à partir du début des années 1930, en prenant le contrôle militaire de presque tout le nord de la Chine. Une partie importante de l’opinion américaine ne voulait pas d’implication dans des tensions concernant l’Asie ou l’Europe (non-interventionnisme, représenté en particulier par l’aviateur Charles Lindberg, président d’America first) mais, par contre, certains puissants groupes de pression, utilisant des relais médiatiques, dans la presse écrite (les influents Time et Life en particulier) et les actualités cinématographiques, développaient une intense propagande hostile au Japon. Roosevelt, de son côté, faisait livrer des armes aux Chinois de Tchang Kaï-Chek, malgré l’embargo officiel sur les armes à destination de pays en guerre voté par le Congrès, tandis que l’aviation militaire chinoise était discrètement organisée par des pilotes américains. John Foster Dulles, futur secrétaire d’Etat d’Eisenhower et champion de la guerre froide, chantait en 1938 les mérites des communistes chinois...

Les Japonais contrariant le jeu des intérêts économiques américains en Chine et reprochant à des missionnaires américains d’aider par tous les moyens les troupes chinoises, les incidents se multiplièrent, d’autant que les Japonais avaient conscience que les Etats-Unis développaient contre eux une guerre économique. Or le Japon, pour développer sa puissance industrielle, dépendait étroitement de ses importations de pétrole et de matières premières, mais aussi de ses marchés à l’exportation. En 1939 les Etats-Unis dénoncent leur traité commercial avec le Japon signé en 1911. En 1940 ils imposent un embargo commercial contre le Japon. Le 26 juillet 1941 Roosevelt ordonne le gel des avoirs japonais aux Etats-Unis. C’était bel et bien une déclaration de guerre économique. Roosevelt, dont l’entourage était largement composé d’émigrés venus d’Europe, pour des raisons ethniques (comme le trop célèbre Morgenthau), déclara plusieurs fois à Churchill et à lord Halifax qu’il cherchait l’incident pour entrer militairement en guerre contre le Japon, en mettant celui-ci le dos au mur.

Dans les conflits contemporains, le secret des transmissions joue un rôle majeur. Or les services anglais d’écoute et de décryptage avaient réussi à comprendre les codes utilisés par les Japonais et transmettaient donc le fruit de leurs écoutes aux services du premier ministre Churchill. On y voyait les projets d’attaque des Japonais d’une base navale américaine située près d’Honolulu et l’un des messages interceptés donnait même la date de l’attaque. Or Churchill ne transmit pas ces informations, pourtant vitales, à ses alliés amémericains. Mais ceux-ci, en fait, avait eux aussi percé le secret des codes japonais et savaient à quoi s'en tenir. Or, les chefs militaires de Pearl Harbor, le général Short et l'amiral Kimmel, ne furent en rien informés des préparatifs japonais. Et furent ensuite traités en boucs émissaires d'une catastrophe voulue par le pouvoir américain pour susciter indignation et mobilisation anti-japonaises dans l'opinion américaine, désormais ainsi acquise à la guerre. Plusieurs historiens, dont J. Rusbidger, ingénieur naval américain, soulignent que, lors de l'attaque japonaise de Pearl Harbor, les porte-avions américains Saratoga, Lexington et Enterprise, force de frappe de la marine américaine dans le Pacifique, n'étaient plus à l'encre à Pearl Harbor, envoyés au loin sous des prétextes divers, tandis que s'y trouvaient des cuirassés déjà anciens pour la plupart. D’où la question qui se pose : 2 000 marins et soldats américains ont-ils été sacrifiés en toute connaissance de cause, pour « raison d’Etat » — à savoir la nécessité de persuader l’opinion américaine que la guerre contre le Japon était nécessaire et juste !?

Pierre Vial

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