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O.N.G. - Extrême-orient(é)
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21 janvier 2009

Les étrangers en France : Les jaunes (1935)

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      Pendant longtemps, une enquête sur les étrangers de Paris débutait obligatoirement par une promenade au quartier chinois de Billancourt. Simple question de pittoresque. En réalité, ce chapitre des Jaunes est le moins important, surtout si on le compare à celui des Nords-Africains. Il n'en a pas toujours été ainsi. Nous avions introduit en 1918, pour les besoins de la défense nationale, près de cinquante mille Indochinois et 37.000 Chinois, employés dans les fabriques d'avions et de munitions, les entrepôts militaires, sur les voies ferrées. Les Tonkinois et Annamites comptèrent sans doute parmi nos meilleurs auxiliaires coloniaux, adroits, propres et souples, capables d'être spécialisés. Les Chinois causèrent beaucoup de mécomptes. Groupés souvent au hasard, par tribus rivales qui ne parlaient pas les mêmes dialectes, que des milliers de kilomètres avaient séparés jusque-là, ils réglaient leurs différends au couteau et s'adaptaient médiocrement à leur tâche. L'armistice renvoya en Asie, pourvus d'un bon magot, la plupart de ces demi-mobilisés. Il en restait 1200 tout au plus en 1920.

      Comme pour les Nord-Africains, nous voyons bientôt une nouvelle vague attirée par la prospérité succéder à la vague enrégimentée de la guerre. Nous avons 43.000 Jaunes en 1926, dont 13.000 à Paris. Leur nombre, dès le début de la crise, n'a cessé de décroître. J'ai visité Billancourt, voici sept ou huit ans, alors que les usines d'automobiles utilisaient près de trois mille coolies. La grande affaire était alors de découvrir dans cette banlieue insignifiante les fumeries d'opium qui ont appartenu surtout  à la littérature des journaux policiers. Les manœuvres de chez Renault et de chez Salmson ont fumé en France beaucoup plus de paquets de gris que de boulettes d'une drogue coûteuse.

      Cet hiver, il ne restait pas à Billancourt plus de trois cents Chinois, disséminés d'hôtels en hôtels, et qui n'ont plus guère qu'un ou deux cafés où ils créent encore, par leur bavardage nasillard, une ambiance exotique. On en recenserait deux mille au plus dans Paris et la banlieue, avec un millier peut-être d'Annamites.

      Les ouvriers vivent par petits îlots très dispersés dans la périphérie. Les éléments les plus interlopes, camelots, petits receleurs sont tapis dans les alentours de la gare de Lyon qui forment probablement, sitôt que l'on quitte ses grandes artères, un des quartiers les plus lugubres et les plus secrets de Paris. Il y a encore les traiteurs, les quelques épiciers et blanchisseurs de la Montagne Sainte-Geneviève. La colonie japonaise, uniquement intellectuelle, commerçante et diplomatique, n'entre pas ici, bien entendu, en ligne de compte.

      Les métissages ont été très rares. Le noir bien bâti, coquet, jovial, à la lippe sympathique, peut être irrésistible, nous l'avons vu, aux yeux des petites bonnes, des ouvrières et même de petites bourgeoises. Le Sidi répugne à ces dames, fort heureusement, et pour des raisons cliniques. Les étudiants chinois, élégants et bien argentés ont, comme il se doit, remporté tous les succès auprès des « fillettes » du boulevard Saint-Michel et de Montparnasse. Mais le prolétaire jaune inquiète. Les Chinois de Billancourt, comme les Arabes de Clichy, n'ont guère connu que les faveurs de misérables prostituées.

      Il est certain que la mystérieuse activité des Chinois n'appartient pas seulement aux scénarios des films américains. Ils se faufilent entre les rouages de la civilisation parisienne de la plus énigmatique façon. Que sont devenues, par exemple, ces bandes de petits jongleurs, appartenant certainement à des entreprises de maquignons d'enfants, qui jouaient naguère du bâtonnet aux terrasses des cafés ? De quoi vivent ces montreurs d'éventails de papier et de bouddhas de plomb dont ils ne vendront jamais une seule pièce ?

      Sans imaginer des romans à la Dekobra, et des coolies changés tous les soirs en seigneurs dans des paradis artificiels, on peut dire que la pègre chinoise est la plus fuyante, la mieux terrée de tout Paris. J'avais jeté un coup d'œil, l'été dernier, sur l'îlot de Cormeilles-en-Parisis, où vivent des carriers chinois, bonasses, ponctuels au travail. Les baraquements de ces célibataires, si l'on oubliait les graillons de l'affreuse cuisine, auraient pu être donnés en modèle d'ordre et de propreté. On vient d'y découvrir un atelier de fausse monnaie.

      Les abords de la rue de Bercy, des entrepôts du P.-L.-M révèleraient, eux aussi, à des enquêteurs patients, d'étranges faits divers. Pour les quatre ou cinq cents étudiants jaunes de la rive gauche, intelligents, appliqués, ils gagnent des diplômes avec de brillantes mentions, sans avoir le moindre besoin de tous les passe-droits octroyés aux Juifs d'Allemagne. Ce sont des mathématiciens, des chimistes remarquables. Ils apprennent aussi fort aisément à muer les homélies de Sorbonne, les campagnes de nos journaux en bonnes bombes marxistes. Cela est grave. Mais qui faut-il chasser d'abord ? Les mauvais maîtres, ou les élèves trop attentifs ?

Article de Rebatet dans Je suis partout (1935) sur "Les étrangers en France"

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