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O.N.G. - Extrême-orient(é)
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8 septembre 2008

Ne jamais s'avouer vaincu

karenfighters

Le 27 janvier (1995), les troupes de la junte birmane entraient dans Manerplaw, forteresse et symbole de la résistance, ou du moins dans ce qui en restait. Des cendres, c'est tout ce qui demeure de ce qui fut le quartier général karen pendant plus de vingt ans.

La chute de Manerplaw n'est pas seulement un échec pour la KNU, mais aussi pour les nombreuses autres organisations dissidentes qui s'y étaient réfugiées, notamment le gouvernement démocratique birman en exil, dirigé par Sein Win (cousin d'Aung San Suu Kyi) et le groupe de la All Burnam Students Democratic Front (ABSDF). Ce bastion, avec sa concentration de guerriers karen, de forces démocratiques comprenant des étudiants, des politiciens et des intellectuels, fut une épine permanente pour les leaders du SLORC.

Cette place forte procurait aussi un refuge pour les civils fuyant les excès meurtriers de la Tatmadaw. Depuis 1974, Manerplaw servit de plate-forme aux opposants birmans qui informèrent librement le monde extérieur sur les excentricités de Ne Win (l'ancien dictateur, dont on pense qu'il tirerait toujours les ficelles du pouvoir), puis du SLORC.
Depuis la campagne militaire manquée du SLORC en 91-92, plusieurs de ses bataillons restèrent dans la région afin de se familiariser avec la jungle encaissée, qui offre de nombreuses défenses naturelles pour les rebelles.

La tentative de janvier fut enfin la bonne pour les troupes du SLORC, grâce notamment à l'implosion de la KNU qui joua un rôle déterminant dans ce succès. En fait, la crise couvait depuis l'attaque de la Tatmadaw d'il y a trois ans. A l'époque, plusieurs centaines de Karen posés en première ligne furent tués ou blessés en tenant tête à l'armée de Rangoon.

Un règlement politique n'ayant pu aboutir jusqu'à présent, et afin de hâter et de sécuriser le projet du pipeline et l'acheminement futur du gaz, le SLORC a engagé une opération de nettoyage visant les poches insurrectionnelles.

L'attaque contre Manerplaw s'inscrit dans cette logique. En frappant la tête de l'un des groupes rebelles les plus virulents, le SLORC espère avoir semé le doute et désorganisé l'ensemble de l'opposition qui lutte contre son autorité.

Il y a quelques jours, lors d'une réunion clandestine en Thaïlande, l'état- major de la KNU et les responsables de l'opposition ont attesté que la perte de leur QG est un sérieux revers mais ne signifie pas la fin. Ils sont déterminés à montrer qu'ils n'ont pas perdu la faculté d'agir de concert et que leur organisation est intacte.

U Tin Aung, vice-président de la NDL, affirme : "Nous avions prévu que nous pouvions tomber n'importe quand. Aussi, nous avions établi un plan d'urgence et n'avons aucun problème pour continuer notre action à l'intérieur de la Birmanie."

Khaing Soe Naing Aung, secrétaire du National Democratic Front, se veut rassurant : "La perte de Manerplaw est seulement la perte d'un territoire, pas la fin de la révolution. L'opposition se regroupera à nouveau et continuera de combattre."

Une nouvelle ère a commencé pour les rebelles. David Tharckabaw, porte-parole de la KNU précise : "La future stratégie est d'abandonner une guerre de positions, pour une vraie guérilla mobile. Notre objectif est de frapper les intérêts du SLORC où qu'ils soient, par une série d'actions de sabotage."

Paolo V., Bangkok, février 1995.

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