L'art religieux au Laos

L'art lao est essentiellement religieux. Des œuvres d'art ont été accumulées dans les monastères, les vat. On y a multiplié les constructions, toutes enrichies d'admirables décors architecturaux. On désigne habituellement le sanctuaire sous le nom très imprécis de « pagode ». C'est le plus souvent une salle rectangulaire ouverte à l'est par un porche et prolongée parfois, à l'ouest, par un second porche. À l'intérieur, la salle peut être divisée en trois ou en cinq nefs par des rangs de colonnes : au fond s'élève l'autel bouddhique chargé d'innombrables statues du Bouddha en maçonnerie, en bois, en bronze ; sur les murs se déroulent parfois des fresques, tandis que le sanctuaire reçoit un mobilier précieux.
Il existe une parenté entre les temples du nord du Laos et ceux du Lan Na, au nord de la Thaïlande ; il ne faut pas oublier que le Lan Na et le Lan Xang furent unis sous le roi Pothisarath et se séparèrent sous son fils, Setthatthirath, qui déplaça la capitale de Luang Prabang à Vientiane (1563).
Les temples du Nord, particulièrement ceux de la région de Xieng Khuang – Muong Phuen – sont des édifices d'assez petite taille, enfouis sous d'immenses toitures les protégeant contre le climat assez froid en hiver. Presque tous ces sanctuaires, aux lignes d'une réelle perfection, ont malheureusement disparu.
À Luang Prabang, les architectures ont conservé les volumes harmonieux des temples de Xieng Khuang ; mais les monastères ont connu un plus grand développement et, autour du sanctuaire, s'élèvent des chapelles ainsi que des tours-reliquaires et des stupa, désignés ici sous le nom de that.
Sensiblement différents des stupa indiens, les that lao présentent une grande variété de formes. Les that hémisphériques sont rares. La forme en cloche posée sur un soubassement rappelle les stupa de Thaïlande et de Birmanie. La forme la plus typique du Laos comprend, au-dessus d'un soubassement mouluré, un bulbe galbé, appelé parfois « bulbe en carafe ». C'est cette forme qui a été reconstituée au sommet du That Luang de Vientiane.
Le plus grand des monastères de Luang Prabang est le Vat Xieng Thong élevé là où, à l'origine de la ville de Luang Prabang, deux ermites s'établirent, émerveillés par la beauté du site, au confluent de la Nam Khan et du Mékong.
Les temples du Sud, plus élevés – comme ceux de la région de Bangkok – sont entourés d'une galerie sur colonnes qui s'élargit à l'entrée du sanctuaire, pour former un vaste porche. On peut supposer qu'en 1641, le roi Suryavongsa reçut, dans un tel monastère près du That Luang, le voyageur hollandais Van Wuysthof, qui nous a laissé le récit de cette audience et une description de Vientiane à cette époque.
Madeleine Giteau, L'art du Laos