Mussolini et l'Orient

La théorie fasciste
réclamant un rapprochement entre Orient et Occident dans une
perspective anticapitaliste et anticommuniste se verra sacrifiée sur
l’autel d’une pratique colonialiste à visage humain demeurant toutefois
étrangère au projet d’une nouvelle culture et d’une grande politique
internationale. Ce projet qui s’inscrivait dans le filon du « fascisme
universel », pensé par Arnaldo Mussolini, hiérarque du mouvement très
attentif aux vicissitudes politiques du vaste Orient. Ce « fascisme
universel » se voulait une force alternative au racisme nazi émergent
et à l’exploitation colonialiste généralisée, pratiquée par les
démocraties capitalistes, suivant en cela le modèle anglais.
C’est dans cette opposition à l’Angleterre qu’il faut trouver
l’arrière-plan politique et culturel de l’histoire des rapports entre
le fascisme et l’Orient. Lorsque, le 22 décembre 1933, cinq cents
jeunes donnent le coup d’envoi, dans la salle Jules César (Giulio
Cesare) du Campidoglio, à la « semaine romaine des étudiants orientaux
», Benito Mussolini, ouvrant les travaux, déclara que, dans
l’antiquité, Rome avait créé en Méditerranée un empire faisant le pont
entre l’Orient et l’Occident, mais que dans les siècles ultérieurs,
cette continuité avait été interrompue.
Mensuel « Area », Rome, juillet/août 2000