09 novembre 2009
L’honneur est un luxe de pauvre…

Gladius (journal des élèves de l’Ecole Sain Jean-Baptiste de La Salle, Camblain-l’Abbé (62)) : Quelle définition donneriez-vous de l’honneur ?
Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc : L’honneur c’est sans doute le contraire de la honte de soi, c’est peut-être simplement le respect de soi-même, la tenue intérieure. Je ne suis pas certain que le monde des honneurs et le monde de l’honneur soient toujours comparables. Le monde des honneurs, c’est le monde du paraître, le monde de l’honneur, c’est le monde de l’être. Le monde des honneurs suppose des compromissions, du moins des arrangements, des silences complices, des carnets d’adresses profitables, des petites hypocrisies….
Tout cela n’est pas toujours compatible avec la rigueur, la franchise, l’exigence vis-à-vis de soi, des autres, de la vie, avec cette tenue à l’égard de l’aventure humaine qui fait l’honneur de vivre. Le monde de l’honneur qui est souvent le monde de la réussite est un monde que l’honneur a parfois déserté. L’honneur suppose une vertu de dépouillement. L’honneur est sans doute un luxe de pauvre.
"Gladius", n°18, mai 2003.
06 novembre 2009
Marcel Van

Marcel Van est né le 15 mars 1928 à Ngam Giao, au Vietnam, d'une famille profondément chrétienne. Il fut baptisé le lendemain, sous le patronage de saint Joachim. Durant son enfance, il était un enfant joyeux et espiègle. En 1932 naît sa sœur Anne-Marie Tê. On envoie alors Van demeurer chez sa tante, parce qu'il accapare un peu trop sa nouvelle petite sœur. Il reviendra chez ses parents vers l'âge de 6 ans. Parce qu'il demande à faire sa première communion, le curé l'envoie au catéchisme. Van, bien éduqué par sa mère, fera sa première communion 6 mois plus tard malgré son jeune âge. Ce jour béni, il demande 2 grâces à Jésus. La première est de garder son cœur pur afin de l'aimer de tout son cœur, la seconde est d'accorder à tous les hommes une foi solide et parfaite. Peu après, Van commence l'école, mais il doit arrêter après 2 mois, à cause d'un épuisement dû à la grande sévérité du maître.
Sa mère conduit Van chez l'abbé Joseph Nha, à la cure de Huu-Bang, pour qu'il puisse déjà commencer à se préparer à sa vocation de prêtre. À cause de sa grande ferveur, Van peut communier tous les jours, permission déjà donnée par le curé de Ngam-Giao. Cela suscite l'admiration de ses petits camarades, mais rend les catéchistes jaloux. L'un d'eux, le maître Vinh, lui rend la vie particulièrement dure. Il tente par deux fois de le violer, le bat, l'empêche de communier, le prive de nourriture et tente même de l'empêcher de réciter son chapelet. Le jeune homme résiste, en s'appuyant sur une inébranlable confiance en la Vierge Marie. "Grâce à elle, écrit-il, le démon n'a jamais réussi à me vaincre". Finalement, Vinh est chassé de la cure avec quelques autres catéchistes, ce qui laisse un court répit à Van.
En 1938, des inondations provoquent une famine dans la région. Van est contraint d'effectuer de durs travaux à la cure. De plus, sa famille tombe dans la misère à cause des inondations et ne peut plus supporter financièrement son éducation. Elle confie alors l'entière responsabilité de l'enfant à l'abbé Nha, qui se met à l'exploiter comme son boy. À 12 ans, après avoir obtenu son certificat d'études primaires, l'abbé Nha stoppe la formation de Van. Van finit par s'échapper de la cure. Il erre durant un certain temps, manque même d'être vendu, et finit par aller retrouver sa famille. Sa mère le ramène à la cure de Huu-Bang. Là, il s'associe avec d'autres jeunes pour former une sorte de ligue de résistance pour combattre les mauvaises mœurs de certains catéchistes.
En décembre 1941, Van apprend qu'il est accepté au petit séminaire de Lan-Song, tenu par les dominicains. Quelques mois plus tard, le petit séminaire doit fermer parce qu'il a été bombardé par les Japonais. Van a la chance de pouvoir poursuivre ses études à la cure de la paroisse Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus de Quang-Uyên. C'est là qu'il lit l'Histoire d'une âme et fait la rencontre de sainte Thérèse, qu'il choisit comme sœur spirituelle. Thérèse commence alors à entretenir des dialogues avec Van. Elle lui enseigne la petite voie, ce qui fut une révélation pour lui, qui avait toujours son désir de sainteté, mais croyait que cela exigeait des prouesses extraordinaires dont il n'était pas capable. Thérèse lui demande aussi de prier pour les Français. Quelque temps plus tard, il a une apparition de saint Alphonse Marie de Liguori, fondateur des rédemptoristes. Mais il ne le connaissant pas encore, croit que c'est Notre-Dame des douleurs qui lui est apparue. En juin 1943, Van est chassé de chez les dominicains et retourne à la cure de Huu-Bang, puis pour un petit séjour dans sa famille.
En juin 1944, Van est admis au couvent des rédemptoristes de Hanoï. Il y arrive le 16 juillet, mais on le renvoie tout de suite, à cause de sa petite taille, en pensant qu'il n'a que 12 ans (alors qu'il en a 16). 3 mois plus tard, il sera admis en communauté, et entrera au postulat le 17 octobre. Il recevra le nom de Marcel. C'est alors que commenceront ses dialogues avec Jésus. A la demande de ses supérieurs, Van écrira le récit de son enfance, ainsi que ses colloques avec Jésus, Marie et Thérèse.
En juillet 1954, après les accords de Genève, le Viêt Nam est coupé en deux. Marcel Van qui est au sud, demande à retourner au Nord, maintenant devenu communiste. Il est arrêté, le 7 mai 1955, jugé et condamné à 15 ans de travaux forcés. Il meurt d’épuisement et de maladie le 10 juillet 1959, selon ce qu’il avait écrit à son supérieur en décembre 1949 : "Qui peut connaître la force de l'amour, qui peut en connaître la douceur... Viendra un jour où je mourrai, mais je mourrai consumé par l'amour."
Le procès de béatification de Marcel Van a été ouvert le 26 mars 1997 au diocèse de Belley-Ars. Le Cardinal François-Xavier Nguyên Van Thuân fut le premier postulateur. Dom Olivier de Roulhac, moine-prêtre à l'abbaye bénédictine de Saint-Wandrille (76) est le vice-postulateur de la cause. L'acteur de la cause de béatification de Marcel Van est l'association "Les Amis de Van"
01 novembre 2009
La veulerie du système politique et militaire...

"C'est la veulerie du système politique et militaire qu'ils ont giflée de la grande claque de leurs parachutes, ouverts dans l'air d'une nuit striée de balles traçantes. Grâce à tous ces garçons, la guerre d'Indochine a su bien mourir. Un survivant est toujours un débiteur..."
Pierre Schoendoerffer
25 octobre 2009
Le wagon de pines

C'était un wagon de pines
Qui revenait d'Indochine,
Y en avait des longues, des fines,
Qui pendaient par la portière.
Tiens voilà la Coloniale
Tiens voilà les coloniaux !
Yen avait des longues, des fines,
Qui pendaient par la portière,
Une bonne dame de charité
En prit 3 douzaines de paires.
Les posa sur la cheminée
Pour s'les carrer dans le derrière.
Tiens voilà la Coloniale
Tiens voilà les coloniaux !
La p'tite bonne qu'avait tout vu,
S'en est servi la première.
Ell' s'en est si bien foutu,
Qu'ell' s'est pétée la charnière.
Et du nombril jusqu'au c...
Ce n'est plus qu'une vaste ornière.
Tiens voilà la Coloniale
Tiens voilà les coloniaux !
Les morpions nagent dedans,
Comme poissons en rivière.
Tu crois la prendre par-devant,
Va t' fair' f... c'est par derrière.
Tu veux lui faire un enfant.
Tout le foutre tombe par terre
Et tu dis en l'écrasant
D'un mouvement de colère,
Et tu dis en l'écrasant
D'un mouvement de colère,
Non tu ne connaîtras pas
Le foutu con de ta mère.
Non tu ne connaîtras pas
Le foutu con de ta mère
Tu ne feras pas non plus
Un militaire de carrière.
Chant militaire
23 octobre 2009
Serge Gainsbourg - l'anamour
20 octobre 2009
La tentation de l’Orient

Charles Maurras, dont le frère cadet fut médecin militaire en Indochine et mourut à Saïgon, n’a jamais lui-même visité l’Orient, qu’il soit proche, moyen ou extrême. Tout ce qu’il en a vu se limite à la contemplation, depuis le sommet du mont Hymette, des îles de la mer Égée. Et ceci se passa une seule fois, en 1896. Au sens propre, c’est un Orient bien limité, bien occidental, même si la ligne d’horizon lui évoque, par delà les Cyclades, la côte de l’Asie Mineure et, encore au-delà, toute la litanie des peuples et des empires de l’Est du monde méditerranéen.
Cependant cet Orient, tout virtuel qu’il soit, prend alors une place précise dans l’esprit de Maurras. Ce qu’il voit d’un côté, au nord-ouest, c’est l’Attique, qu’il vient de visiter, et c’est la civilisation : l’ordre, la régularité, la mesure et la beauté. Et voici que de l’autre côté, au sud-est, lui apparaît un monde on ne peut plus différent ; l’Orient immense, fascinant mais flou, nimbé de mystère, barbare, inorganisé. Le dangereux Orient qui, tel Baudelaire, sera toujours pour Maurras une tentation, qu’il rejettera avec toutes les forces de la raison sans jamais pouvoir l’éradiquer tout à fait…
19 octobre 2009
La Chersonèse d'Or

Les anciens Navigateurs Grecs et Romains connaissaient le Sud de l’Indochine. La Chersonèse d'Or, mentionnée dans la Géographie de l'astronome grec Ptolémée (90-168 après J.-C.), correspond peut-être, soit à l'actuelle péninsule malaise (partagée entre la Thaïlande et la Malaisie), soit à l'île indonésienne de Sumatra. Le mot chersonèse vient du grec ancien χερσόνησος (khersonêsos), formé sur χέρσος (khersos), "continent" et νῆσος (nêsos), "île". Le nom "Chersonèse d'Or" est à rapprocher de :
- Suvarnadvipa, « l'île d'or » en sanskrit, nom mentionné dans l'épopée indienne du Rāmāyana écrite entre le IIIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle apr. J.-C., qui désigne peut-être l'île indonésienne de Sumatra,
- Suvarnabhumi, « la terre de l'or », nom mentionné dans des textes du bouddhisme écrits entre le IIIe siècle av. J.-C. et le VIe siècle apr. J.-C. (comme les Jataka, recueil de contes liés à la tradition bouddhiste theravāda, la chronique ceylanaise du Mahavamsa (VIe siècle) et le Milindapañha) qui désigne peut-être l'Asie du Sud-Est insulaire,
- Kin Lin, nom que les Chinois donnaient à l'Asie du Sud-Est, kin (金) voulant dire « or ».
16 octobre 2009
Une base morale saine...

"Du fait de mon métier militaire, j'étais (...)un homme d'action, et c'est bien pourquoi j'ai été amené à m'intéresser à certains problèmes d'idées. Cela n'a rien de contradictoire ; en effet, à moins d'exécuter bêtement ce qu'on vous demande, à moins de ne rien faire si on ne vous demande rien, des questions se posent sur la façon de concevoir une action. Sinon, on se contente d'un rôle d'exécutant et, à la limite, d'un rôle d'homme de main.
C'est en Indochine, au cours de mes deux séjours, de 1947 à 1952, que j'ai commencé à m'interroger sur le problème de l'action. Je commandais à ce moment-là la Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes S.A.S. et, en tant que chef d'une unité d'intervention, prête à tous les coups durs en Cochinchine, Annam, Tonkin, Cambodge et Laos, nous avions les rapports les plus divers avec les unités chargées de la pacification et de la protection des populations contre le Viet-Cong. Or il était parfois facile de constater que, par manque de directives précises, chaque Commandant de Secteur résolvait comme il l'entendait cette grave question relative à l'action : Avions-nous le droit - sinon le devoir - d'utiliser les mêmes moyens que l'adversaire ? Celui-ci ne se privait pas de détruire les cellules naturelles, familles, communautés paysannes, d'interdire le libre exercice des autorités légitimes, parents, chefs de villages, de s'opposer à l'influence des guides spirituels, prêtres ou bonzes. Les enfants étaient tenus de dénoncer leurs parents ; l'exécution d'un assassinat commandé était l'épreuve exigée par le viet-minh pour trouver grâce à ses yeux ; la terreur sous toutes ses formes était érigée en système « nécessaire » pour supprimer jusqu'à l'idée qu'une résistance fût possible. La peur inspirée, voire la torture pratiquée, arrivaient à bout de toute résistance, fût-elle aussi passive que celle qui consistait à garder le silence sur des faits que la population voulait cacher aux viets.
Et nous nous posions la question : La fin justifie-t-elle les moyens ? Avons-nous le droit d'agir comme le Viet pour obtenir la même efficacité que lui ? C'est quand j'ai commencé à découvrir les seules réponses satisfaisantes en face de pareilles questions, que j'ai voulu les préciser par écrit, non seulement pour moi-même mais dans l'idée d'en faire bénéficier bien des camarades qui, eux aussi, éprouvaient le besoin de raccrocher leur comportement et leurs méthodes d'action à une base morale saine."
Pierre Château-Jobert
14 octobre 2009
Déodat du Puy-Montbrun

Le colonel Déodat du Puy-Montbrun s’est en effet éteint à l’âge de 89 ans, le 23 février 2009, à l’Institution nationale des Invalides.
Blessé le 24 juin 1940 – soit près deux ans après s’être engagé – lors de la Campagne de France, il parvient à échapper aux mains des Allemands qui l’avaient fait prisonnier. Il rejoint par la suite la Syrie où il est recruté par l’Intelligence service britannique qui va lui confier des missions en France occupée.
Après l’invasion de la zone libre, le jeune du Puy-Montbrun prend alors contact avec le réseau “Confrérie Notre-Dame” du colonel Rémy (de son vrai nom Gilbert Renault) dont l’activité de collecte de renseignements transmis aux Britanniques avaient notamment permis l’interception du Bismarck en mai 1941 ou encore la préparation du raid sur Bruneval de février 1942.
Affecté aux Forces Françaises Combattantes (n° FFL 12881), Déodat du Puy-Montbrun fait partie du réseau Andalousie créé par le colonel François Bistos. Après plusieurs missions accomplies en France, il retourne en Angleterre où il est entraîné par les SAS avant d’intégrer la Force Jedburgh, une unité spéciale destinée à mener des opérations clandestines derrière les lignes ennemies. Il accomplit ainsi d’autres missions en France, ce qui lui vaut, à la fin de la guerre, d’obtenir la Légion d’honneur à l’âge de 25 ans.
En 1945, le jeune officier parachutiste ne quitte pas le domaine des opérations spéciales puisqu’il rejoindra en effet la composante action des services secrets français. Là, il participe à la création du centre de Cercottes (Loiret) avant de partir pour l’Indochine alors qu’il est affecté au 11ème Choc, le bras armé du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, l’ancêtre de la DGSE). A ce titre, et en même temps qu’il est l’aide de camp du Maréchal de Lattre de Tassigny, Déodat du Puy-Montbrun prend part à des opérations spéciales menées par le Groupe de Commandos Mixtes Aéroportés (GCMA), une unité rompue aux techniques de luttes anti-guerilla et dont l’existence est dûe notamment aux colonel Belleux et Fille-Lambie, tous deux membres du SDECE.
Après son séjour en Indochine, où il a obtenu 6 citations et la rosette de la Légion d’honneur pour son “courage” et son “audace légendaire”, Déodat du Puy-Montbrun part en Algérie où la situation s’est tendue depuis la “Toussaint rouge”, qui marque le début de l’insurrection des indépendantistes algériens. Seulement, l’officier a découvert, lors de son détachement en Asie, l’utilité de l’hélicoptère pour les opérations militaires en général – et commandos en particulier – grâce au commandant Crespin.
Chef d’escadron en 1956, Puy-Montbrun est affecté au groupe d’hélicoptère n°2 (GH2), avant d’en devenir, plus tard, le chef de corps. C’est ainsi qu’il accomplira près de 3.000 heures de vols, jusqu’en 1961. Le 29 avril 1958, il est de nouveau gravement blessé après avoir quitté son hélicoptère afin de venir en aide à une unité commando sérieusement accrochée par des combattants du FLN. Quelques mois plus tard, il est fait commandeur de la Légion d’honneur. Il n’a que 38 ans.
Il y a des hommes qui sont à l’image du personnage principal du film de Pierre Schoendoerffer, “Le Crabe Tambour” (inspiré par le commandant Pierre Guillaume) et qui font ce qu’ils croient juste. Bien que n’ayant pas appartenu à l’OAS, ce mouvement séditieux de l’armée française qui, en 1961, tenta un putsch à Alger, le colonel Déodat du Puy-Montbrun est mis d’office en retraite, sans que cette décision ne soit justifiée. Sans doute a-t-il payé ses témoignages en faveur d’anciens camarades putschistes, comme par exemple l’adjudant Robin, poursuivis par la justice.
Il était titulaire de 19 citations avec les croix de guerre 39-45 et TOE, de la valeur militaire et la croix de la vaillance vietnamienne. Il a reçu la médaille de l'aéronautique, la médaille des évadés, la rosette de la Résistance, la médaille d'or du Service de santé, la fourragère TOE à titre individuel, la King'medal, la Malayan medal. Blessé trois fois, il totalise 26 titres de guerre. Il est l'un des officiers les plus titrés de sa génération.
12 octobre 2009
Pierre Loti

Julien Viaud dit Pierre Loti, né le 14 janvier 1850 à Rochefort en Charente-Maritime, est issu d'une famille protestante. Très tôt il peint, fait de la musique. Impressionné, attiré par la mer, il décide à treize ans de devenir marin. Deux ans plus tard, il perd son frère Gustave qui sera immergé dans l'océan Indien. La famille Viaud connaît de graves difficultés financières. En 1866, Julien part à Paris pour préparer le concours d'entrée à l'école Navale au lycée Henri IV. Il commence son journal intime et ses études. Brillant élève, très doué, il est reçu en 1867 puis admis sur le Borda, vaisseau école en rade de Brest. Deux ans plus tard, nommé aspirant, il embarque sur le Jean Bart. Ses voyages le conduisent dans des pays mal connus à l'époque : l'Algérie, la Turquie, puis le Brésil, les États-Unis, et le Canada.
En 1870-71, pendant le siège de Paris et les drames de la Commune, il perd son père. Loti est en mer du Nord et en Bretagne puis met le cap sur les Canaries, Dakar, la Guyane, le Pacifique. L'année suivante, les vahinés de Tahiti le baptisent Loti (rose en maori). Il découvre l'Île de Pâques. Quatre ans plus tard, il part pour le Levant et Constantinople. Julien Viaud publie en 1879 son premier ouvrage Aziyadé, sans nom d'auteur. En 1881, lieutenant de vaisseau, il reçoit son troisième galon. Deux ans plus tard, il découvre l'Extrême orient et publie son premier roman signé Pierre Loti, Le Roman d'un Spahi.
Suite à l'assassinat de Francis Rivière près de Hanoi le 19 mai, Jules Ferry envoie des troupes en Annam et au Tonkin. C'est ainsi que Pierre Loti embarque en mai 1883 sur l'Atalante pour participer à cette campagne. Son escadre, placée sous les ordres de l'Amiral Courbet, se dirige vers la Mer de Chine lorsque survient la mort de l'empereur Tu Duc, le 17 juillet. Un mois plus tard, l'escadre arrive en baie de Tourane, puis bombarde les forts de la rivière de Hué. C'est l'objet du récit de Loti. Au même moment, des troupes menées par le général Bouët entreprennent la conquête du delta du fleuve rouge.
Le 21 octobre 1886, il épouse Blanche Franc de Ferrière à Bordeaux. En 1889, il édite Madame Chrysanthème et Japonerie d'automne qui vont remporter un immense succès. C'est aussi l'année de naissance de son premier fils Samuel. En 1891, Loti est élu à l'Académie française.
Après un voyage privé en Terre Sainte, il loue en 1894 à Hendaye, dans les Pyrénées Atlantiques, une maison qu'il acheta dix ans plus tard. En 1898, il fait paraître dans un journal un article qui déplait au ministère. Mis à la retraite, il obtient gain de cause devant le Conseil d'État et retrouve ses activités. L'année suivante, il est promu capitaine de frégate, puis en 1906, capitaine de vaisseau. Il part en 1899, pour l'Inde, la Perse, passera l'hiver suivant au Japon, à Pékin et en Corée. Quatre ans plus tard, il prend sa retraite.
Lorsque éclate la guerre de 14, il a 64 ans et reprend du service, devenant agent de liaison, puis conseiller technique du général Gallieni. Le 28 juin 1918, il reçoit la Croix de guerre à l'ordre de l'armée. Le 23 mars 1921, il a une première attaque de paralysie. Il s'éteint quatre mois plus tard à Hendaye au Pays basque. Le gouvernement décide de lui faire des obsèques nationales. Il est enterré à Saint Pierre d'Oléron.
































