O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

17 octobre 2014

L’Empire du Milieu se réveille

carte-chinoise

Il y a la Chine au milieu du monde et, tout autour, un vaste cercle de vassaux représentant la totalité de l’espace civilisationnel asiatique… Cette vision géopolitique est profondément ancrée dans la tradition impériale chinoise. Elle est toujours d’actualité. Ce ne sont pas seulement son identité (ethnie et civilisation), son mouvement (colonisation), son orientation (terrestre plus que maritime) et ses besoins (la recherche de l’autosuffisance) qui caractérisent la géopolitique chinoise. C’est aussi la perception de l’étranger, organisée en cercles concentriques. Au milieu du monde, il y a le coeur han : la Chine. Autour, le premier cercle, les marches coloniales où les pionniers chinois submergent des ethnies moins nombreuses. Puis vient le deuxième cercle, celui des vassaux, lesquels doivent demeurer soumis et loyaux à l’empire. Les peuples considérés comme naturellement vassaux sont les Coréens, les Japonais, les Indochinois (Vietnamiens, Khmers, Thaïs), cet espace de civilisation asiatique imprégné par la civilisation chinoise. Au-delà des vassaux, en Europe, dans les islams arabe, turc et perse, en Amérique, on est dans le cercle des Barbares.

Avec les vassaux, des relations institutionnelles s’imposent, mais le mélange n’est pas possible. Avec les Barbares, sauf à devoir subir leur irruption brutale mais provisoire (des Huns jusqu’aux Européens), le contact est à éviter. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ambassades européennes venues chercher l’ouverture de relations avec un monde nouveau sont interprétées à la cour de l’empereur de Chine comme des gestes de vassalité. Pour les Chinois, le rapport de force commande les traités, par définition inégaux c’est-à-dire provisoires. Le traité protège de la puissance de l’autre, mais il ne doit jamais limiter sa propre puissance ; cependant, les reconquêtes ne seront tentées qu’en situation de supériorité évidente. Ce que le juridisme européen (particulièrement français) regarde comme frontière intangible n’est en Chine que ligne de cessez-le-feu. Sans doute n’y a-t-il pas de mondialisme chinois comparable au mondialisme américain (la recherche de l’Amérique-monde) ; pour autant, la Chine n’est pas bornée : son espace potentiel englobe le monde des vassaux, c'est-à-dire l’intégralité de l’espace civilisationnel asiatique.

Au XVIIIe siècle, les royaumes périphériques de Corée, de Birmanie, du Siam ou du Népal furent vassalisés. Régulièrement, Vietnam et Corée firent l’objet de tentatives de remise au pas. Quand, en 1979, Pékin a lancé une opération militaire contre le Vietnam, elle l’a clairement présentée comme une « punition ». C’est bien cette idée de vassalité, dans un contexte de montée en puissance de la Chine qui fait peur, de Tokyo jusqu’à Moscou (la Russie a aussi une partie asiatique), en passant par Séoul ou Hanoï. Mais, pour l’heure, la reconstitution de la prééminence sur les vassaux ne se traduit qu’à travers la dimension économique (voir encadré). Seul le Japon, toujours redouté de Pékin, possède la capacité de concurrencer la Chine dans sa volonté de prééminence sur les vassaux. Ce sont les revers face au Japon, à partir de la fin du XIXe siècle, qui ont entamé la légitimité de l’« Empire céleste » et causé la montée des forces révolutionnaires. Aussi, aujourd’hui, les Chinois ne veulent-ils pas d’un retour politique et militaire du Japon ; ils refusent la perspective d’un siège permanent japonais au Conseil de sécurité de l’ONU comme celle de l’accès au nucléaire militaire. Mais Tokyo, de son côté, accepte mal l’idée d’une perte de son statut de première puissance asiatique au profit de la Chine… Début 2011, pourtant, la Chine est devenue la deuxième économie du monde devant le Japon.

UNE SPHÈRE CHINOISE DE COPROSPÉRITÉ ?

En 2004, les dix pays membres de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), à savoir la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam, se sont réunis avec la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Australie ont décidé de créer, la plus vaste zone de libre-échange du monde, soit plus de 3 milliards d’êtres humains. La Chine et l’Inde seront sans doute un jour les deux grands moteurs de cette zone de libre-échange, entrée en vigueur le 1er janvier 2010.

Aymeric Chauprade - Chronique du choc des civilisations (édition 2011)

Posté par ONG Webmastre à 08:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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