O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

14 octobre 2014

La Chine en direction de l'Asie Centrale

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Les Han sont aujourd’hui majoritaires sur le plateau tibétain (8 millions contre 5 à 6 millions de Tibétains) et l’ouverture de la voie ferrée reliant Pékin à Lhassa en deux jours (inaugurée le 1er juillet 2006) devrait accélérer l’intégration de cette province hautement stratégique pour Pékin et y amener une quinzaine de millions de Chinois Han d’ici 2020. Par ailleurs, le trafic aérien connaît une explosion, conduisant Pékin à ouvrir un cinquième aéroport au Tibet en novembre 2010 et à annoncer la construction d’un sixième.

Le problème que la Chine affronte au Xinjiang est paradoxalement le résultat de la grande tolérance dont l’Empire chinois a fait preuve durant des siècles face aux périphéries sur lesquelles il affirmait sa suzeraineté. Entre la fin du XVIIIe siècle et la fondation de la République populaire en 1949, le pouvoir central ne chercha pas à intégrer culturellement les peuples turcophones (en majorité ouïgours) et musulmans du Xinjiang. En créant, en septembre 1955, une « région autonome ouïgoure du Xinjiang », Pékin donna des frontières potentielles à un projet séparatiste. En réalité, durant toute son histoire, la civilisation chinoise se projeta en direction de l’Asie centrale. Elle chercha donc à contrôler son « Turkestan », mais les turcophones musulmans lui opposèrent des rébellions permanentes, et, au XIXe siècle, Pékin fut en concurrence avec Moscou et Londres pour le contrôle de l’Asie centrale. Les problèmes contemporains du Xinjiang sont donc à inscrire dans le temps long de l’histoire : la Chine a toujours été présente sur cet immense territoire, mais les Han qu’elle y envoyait n’ont cessé d’y rencontrer des difficultés. Au début des années 1980, les marches musulmanes de la Chine subirent les effets de la guerre d’Afghanistan. Galvanisés par l’islamisme radical en lutte contre les Soviétiques, des séparatistes ouïgours, aidés de combattants wahhabites, relancèrent le combat contre l’administration chinoise, rêvant de rattacher le Xinjiang à un vaste califat islamique d’Asie centrale. Durant les années 1990, la combinaison du wahhabisme saoudien, de l’influence des talibans et de leurs alliés pakistanais fut un moteur puissant de l’activisme ouïgour et du terrorisme qui frappa la province autonome à de nombreuses reprises.

tous les Turcs autour de la mère patrie), qui alla jusqu’à accueillir sur le territoire turc des camps d’entraînement ouïgours. Ce soutien cessa officiellement en 2003 lorsque la Turquie décida de reconnaître la souveraineté de la Chine sur le Xinjiang. Ankara révisait sa position pour deux raisons : d’abord, depuis le 11 septembre 2001, le soutien à toute logique contaminée par le fondamentalisme islamiste était devenu intenable (les Américains ont pris également de la distance avec le séparatisme tchétchène) ; ensuite, depuis l’effondrement du régime baasiste en Irak, en 2003, une autonomie kurde s’affirmait en Irak, menaçant l’unité turque. Mieux valait alors qu’Ankara et Pékin consolidassent mutuellement leurs frontières plutôt que de jouer avec le feu séparatiste. En juillet 2009, des pogroms anti-Han organisés par des Ouïgours, à Urumqi, ont fait au total (répression comprise) plus de 200 morts et 1600 blessés. Pékin doit continuer à surveiller le séparatisme ouïgour, ainsi que ses connections avec le Kirghizstan, où se trouve une importante minorité ouïgour, et avec les talibans du Pakistan : en octobre 2009, Al Qaïda a appelé les Ouïgours au jihad contre le pouvoir chinois.

S’ajoutait à cela un soutien plus ancien de la Turquie, favorable au panturquisme (une logique de solidarité de tous les Turcs autour de la mère patrie), qui alla jusqu’à accueillir sur le territoire turc des camps d’entraînement ouïgours. Ce soutien cessa officiellement en 2003 lorsque la Turquie décida de reconnaître la souveraineté de la Chine sur le Xinjiang. Ankara révisait sa position pour deux raisons : d’abord, depuis le 11 septembre 2001, le soutien à toute logique contaminée par le fondamentalisme islamiste était devenu intenable (les Américains ont pris également de la distance avec le séparatisme tchétchène) ; ensuite, depuis l’effondrement du régime baasiste en Irak, en 2003, une autonomie kurde s’affirmait en Irak, menaçant l’unité turque. Mieux valait alors qu’Ankara et Pékin consolidassent mutuellement leurs frontières plutôt que de jouer avec le feu séparatiste. En juillet 2009, des pogroms anti-Han organisés par des Ouïgours, à Urumqi, ont fait au total (répression comprise) plus de 200 morts et 1600 blessés. Pékin doit continuer à surveiller le séparatisme ouïgour, ainsi que ses connections avec le Kirghizstan, où se trouve une importante minorité ouïgour, et avec les talibans du Pakistan : en octobre 2009, Al Qaïda a appelé les Ouïgours au jihad contre le pouvoir chinois.

Aymeric Chauprade - Chronique du choc des civilisations (édition 2011)

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