O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

23 septembre 2014

Inégalités sociales : les habits neufs de la Chine...

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Pour les amateurs de paradoxes, c’est la bonne ou mauvaise nouvelle de la semaine : avec le Vietnam (un peu petit), la Corée du Nord (hors concours), la Chine est le dernier pays officiellement communiste au monde, officieusement le plus capitaliste, mais aussi le seul à véritablement poser le problème des inégalités de plus en plus criantes induites par la mondialisation galopante et le néo-capitalisme ambiant.

À en croire l’AFP, relayant une étude de l’université de Pékin, la Chine présenterait un « indicateur d’inégalité très inquiétant, car très élevé. Le Parti communiste au pouvoir s’inquiète de la montée des inégalités sociales dans le pays. » Ainsi : « 1 % des ménages chinois les plus riches contrôlent plus d’un tiers des richesses du pays, alors que 25 % des ménages les plus pauvres n’en détiennent qu’une infime part, 1 % selon les médias officiels chinois… »

Du temps du capitalisme entrepreneurial et paternaliste, Henry Ford, patron des usines où étaient fabriquées les automobiles du même nom, assurait tenir à ce que son salaire ne soit pas plus de trente fois supérieur à celui du plus humble de ses employés. Au-delà de ce ratio, affirmait-il, c’est tout le lien social qui pourrait se déliter, employeur et employés risquant de se retrouver sur deux planètes par trop distinctes et condamnés à une mutuelle incompréhension. Aujourd’hui, le ratio en question a été démultiplié. D’où cette hyper-classe d’ultra-riches vivant sur un autre monde. Et qui, non contents d’exhiber leurs dingueries de parvenus – cent mille euros de champagne pour une seule soirée en boîte de nuit à Saint-Tropez –, en arrivent désormais à s’imposer dans les médias et la sphère politique : acheter les premiers implique fatalement de peser sur cette dernière. C’est aussi vrai en France : Le Nouvel Observateur, naguère dernier hebdomadaire indépendant, avec Le Canard enchaîné, vient de tomber dans la nasse de financiers et d’opérateurs de téléphonie mobile, nouveaux nababs des temps actuels.

Assez logiquement, mais aussi très discrètement, le gouvernement de Pékin lutte en profondeur contre ces nouveaux fléaux. Corruption endémique de hauts fonctionnaires du parti unique, mais aussi environnement dévasté par une croissance devenue folle. Pour communistes qu’ils soient ou paraissent être, les dirigeants de l’empire du Milieu s’acharnent à raisonner dans le temps long, au contraire de notre perpétuelle agitation médiatique. Ils le font certes à leur manière, un brin radicale (siècles de prison et balles dans la nuque tombent comme à Gravelotte) ; mais le font, nonobstant.

Certains vieux anticommunistes professionnels s’étant trompés de siècle objecteront qu’il s’agit de méthodes totalitaires et que le péril rouge et jaune se fait plus menaçant que jamais. Qu’il nous soit seulement permis de noter que ces hommes de pouvoir ne font pas que sauvegarder un régime, mais volent paradoxalement à la rescousse d’une société, d’un peuple, d’une éthique multimillénaire.

Bref, Confucius continuera d’être là, alors que Mao ne sera plus.

Nicolas Gauthier

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