O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

10 avril 2014

L'empereur Yao

Sans titre

On suppose communément que l'histoire de la Chine remonte à la plus lointaine antiquité. En réalité, les sources de la période ancienne sont fort rares, car elles ont été détruites par l'empereur Tsin-che-hoang (246-209 avant notre ère). Il fit brûler tous les livres d'histoire et d'astronomie aussi bien que les œuvres littéraires. On rechercha donc ces livres à travers tout l'empire. On raconte encore que quelques fragments de l'ancienne littérature furent réécrits d'après les souvenirs d'un vieillard; on ajoute même que certains d'entre eux furent retrouvés cachés dans le sépulcre de Confucius, et on les lui attribue.

De ces quelques vestiges de l'ancienne tradition, ceux qui évoquent l'empereur Yao et son époque reçoivent une attention toute particulière. La personnalité de l'empereur et son règne apparaissent comme « les plus heureux des annales chinoises 1». L'histoire de la Chine antérieure à son règne appartient à la période mythique du passé chinois. A l'époque de Yao se produisit l'événement qui sépare le passé, très obscur et presque effacé, des temps considérés comme historiques : la Chine fut ravagée par une immense catastrophe. « En ce temps-là, dit-on, eut lieu le prodige : pendant dix jours, le soleil ne se coucha pas, les forêts brûlèrent, et une abominable vermine se répandit partout » « Au cours de la vie de Yao, le soleil ne se coucha pas pendant dix jours pleins, et tout le pays fut inondé.» Une immense vague, « qui montait jusqu'au ciel », l'abattit sur la terre chinoise. « Les eaux se ruaient à l'assaut des hautes montagnes, et les collines étaient invisibles. » (Ceci rappelle le Psaume CIV : « Les eaux recouvraient les montagnes », et le Psaume CVII : « Les vagues de la mer soulevées jusqu'aux cieux »).

« Destructrices sont les eaux de l'inondation, dit l'Empereur. Dans leur grande étendue, elles recouvrent les collines, dépassent les hauts sommets et menacent les cieux de leurs flots. » L'empereur ordonna qu'on fît tous les efforts possibles pour assurer l'écoulement des eaux accumulées dans les vallées entre les montagnes. Pendant des années, la population s'évertua à arracher les vallées et les plaines à l'inondation; on creusait des canaux et l'on drainait les champs. Mais ces efforts obstinés demeurèrent vains. Le ministre chargé de cette œuvre urgente et immense, Houan, fut condamné à mort parce qu'il avait échoué : « Pendant neuf années, il peina, mais il n'accomplit pas sa tâche.» Seul son fils Yu réussit à drainer le pays. Son succès le rendit si populaire qu'il devint empereur de Chine après King Choen, premier successeur de Yao. Ce Yu fut le fondateur de la nouvelle et célèbre dynastie qui porta son nom. Les chroniques de la Chine moderne rapportent qu'un million d'hommes périrent dans une seule inondation du fleuve Jaune 6. Un autre cataclysme naturel - le tremblement de terre -ravagea la Chine à plusieurs reprises : il fit périr 830.000 personnes en 1556, et 3.000.000 en 1662. Le cataclysme de l'époque de Yao ne fut-il qu'une forte inondation, comme le supposent les savants modernes ? Cette interprétation est contredite par le fait que ce cataclysme, depuis des milliers d'années, est demeuré vivace dans les traditions, alors que ni la crue du fleuve Jaune, avec son million de victimes, ni les grands séismes n'occupent une place remarquable dans les souvenirs nationaux.

Les fleuves ne débordent pas en formant une vague de la hauteur des montagnes. Les crues des fleuves chinois baissent en quelques semaines, et les eaux ne stagnent pas dans les plaines jusqu'au printemps suivant, mais elles s'écoulent, et, quelques semaines après, le sol est sec. Après le déluge de Yao, il fallut drainer la campagne pendant des années, et durant toute cette période, l'eau recouvrit les parties basses du pays. Le règne de Yao est mémorable à cause de l'entreprise suivante : l'Empereur envoya des savants dans différentes parties de la Chine, jusqu'en Indochine même, afin de déterminer la position des quatre points cardinaux, en observant la direction du coucher et du lever du soleil, et le mouvement des étoiles. Il chargea également ses astronomes de découvrir la durée des saisons, et de dresser un nouveau !calendrier. Le Chou-king est, dit-on, la plus ancienne chronique chinoise, récrite après la destruction des livres ordonnée par Tsin-che-hoang, soit de mémoire, soit d'après quelque vieux manuscrit retrouvé. Dans sa section la plus ancienne, le canon de Yao, il est écrit : « Là-dessus, Yao ordonna à He et à Ho que, respectueusement en accord avec les vastes cieux, ils calculent et délimitent les mouvements et les apparitions du soleil, de la lune, des étoiles et des espaces du Zodiaque; et qu'ils fassent connaître au peuple les saisons.»

La nécessité, peu de temps après le cataclysme, de rechercher les quatre points cardinaux, d'étudier à nouveau les mouvements du soleil et de la lune, de tracer les signes du Zodiaque, d'établir le calendrier, d'informer le peuple chinois de la succession des saisons suggère qu'au cours du cataclysme l'orbite de la terre et l'année, l'inclinaison de l'axe et les saisons, l'orbite de la lune et les mois, avaient changé. On ne nous dit pas ce qui provoqua le cataclysme, mais il est écrit dans les annales antiques que, sous le règne de Yao, « une brillante étoile sortit de la constellation Yin.» 

Selon la légende thibétaine, les hauts plateaux du Tibet furent également inondés au cours d'un grand cataclysme. Les traditions locales parlent aussi de comètes terrifiantes qui causèrent de grands bouleversements. On s'est livré à divers calculs pour établir les dates du règne de Yao. En considérant qu'à l'époque de Yao, la constellation Niao, qu'on identifia avec la constellation Hydra, passait à son méridien, alors que le soleil se couchait, le jour de l'équinoxe de printemps, on a supputé que l'inondation se produisit au XXIIIe siècle avant notre ère; mais cette date a été mise en doute par beaucoup de savants. On a d'autre part supposé que « le déluge de Yao » était la version chinoise du déluge universel, mais ce point de vue a été abandonné. Le déluge de Noé a son parallèle dans une histoire chinoise relative à un déluge universel survenu dans les temps préhistoriques, aux jours de Fo-hi, qui, seul de tous les habitants du pays, survécut. Le déluge de Yao est parfois considéré comme contemporain du déluge d'Ogygès.

Le déluge d'Ogygès n'a pas eu lieu au troisième, mais au milieu du second millénaire avant notre ère. Dans le chapitre intitulé « les déluges de Deucalion et d'Ogygès », je démontrerai, d'après des sources anciennes et chronologiques, le synchronisme entre ces cataclysmes et ceux de l'époque de Moïse et de Josué. Si nous voulons résumer les données que nous possédons sur l'époque de Yao, nous sommes en présence des faits suivants : le soleil ne s'est pas couché pendant plusieurs jours, les forêts ont été dévastées par le feu, le pays a été couvert de vermine, une haute vague, « montant jusqu'au ciel », a déferlé sur le continent, a balayé les pics et submergé les vallées pendant de nombreuses années; sous ce même règne, il fut nécessaire de déterminer à nouveau la position des quatre points cardinaux, et d'établir par l'observation la durée de l'année, des mois, et l'ordre même des saisons. Quant à l'époque de l'histoire chinoise antérieure au cataclysme, il n'en reste absolument aucun vestige. Tous ces faits concordent avec les traditions du peuple juif, relatives aux événements qui accompagnèrent l'Exode : le soleil disparut pendant plusieurs jours, le pays fut empli de vermine, des raz de marée gigantesques, s'élevant jusqu'au ciel, scindèrent la mer, et le monde brûla. Comme nous le verrons, les sources hébraïques révèlent elles aussi qu'un nouveau calendrier fut établi, où les années étaient comptées à partir du cataclysme, et que les saisons et les quatre points de l'horizon n'étaient plus les mêmes.

Immanuel Velikovsky - Mondes en collision

Posté par ONG Webmastre à 13:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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