O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

21 décembre 2012

Danang, Sud-Vietnam, 1974 : Le Noël d’un jeune sous-lieutenant

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Il ne se passe pas de mois de décembre – et cette année encore – sans que je ne pense à un jeune sous-lieutenant para sud-vietnamien, grièvement blessé dans l’avent de Noël. Ce 23 décembre 1974, le général Truong, para prestigieux et patron de la Région militaire de Danang- Quang Tri (à la frontière du 17e parallèle), était passé me prendre chez moi, dans l’ancien consulat sud-coréen de Danang (ex-Tourane) où j’avais posé mon sac. Pour aller à la base des troupes aéroportées située à une encablure des fameuses Montagnes de marbre. Nous sommes allés jusqu’à l’hôpital de campagne où étaient arrivés, l’avant-veille, les blessés d’une compagnie para durement éprouvée lors d’un accrochage avec les Viets près du Col des Nuages, sur la route de Hué. Parmi les blessés, un jeune souslieutenant. Les deux jambes amputées sous le genou. En voyant le général, il avait essayé de se redresser et de saluer. Truong l’avait aussitôt arrêté : — Ne bouge pas, garde tes forces… Je vis alors – et je ne l’oublierai jamais – le jeune sous-lieut’ agripper le bras du général : — Il ne faut pas me renvoyer, mon général… Je peux encore être utile… Il faut me garder chez les paras… Truong le rassura, lui promettant de lui trouver un poste dans les bureaux. Puis, accompagnés d’un chirurgien qui venait de passer une nuit blanche, nous allâmes au mess où l’on préparait la fête de Noël. A la française. Avec chants de paras de tradition au programme. Attablés autour d’une Ba Muy Ba, la 33 Export des BGI (Brasseries et glacières d’Indochine), le chirurgien nous a raconté la vie du jeune sous-lieut. Ses parents, réfugiés du Tonkin abandonné aux Rouges en 1954, avaient été massacrés par les Viets à Hué lors de leur occupation partielle de la ville pendant les fêtes du Têt. Son frère, para comme lui, avait été tué au combat deux ans auparavant. Lui-même, fait prisonnier par les Nord-Vietnamiens lors d’une opération, avait été torturé. Au bout d’une semaine, il avait réussi à leur échapper. Le malheur avait voulu qu’il saute sur une mine – d’où l’amputation de ses jambes – avant d’être récupéré par un commando de rangers sud-vietnamiens. Je suis revenu le voir le lendemain. Et le jour de Noël. Nous avons parlé de la France, du Sud-Vietnam, des paras. Nous avons pleuré ensemble. Lui, de rage parce qu’il savait qu’il ne remontrait pas en ligne. De loin en loin, nous parvenaient les flonflons de la fête qui rassemblaient, en une même communauté d’armes, catholiques et bouddhistes. Trois mois plus tard, les Nord- Vietnamiens entraient dans Danang. Je ne sais pas ce qu’est devenu le jeune sous-lieutenant dans la tourmente d’où j’avais eu du mal à m’extraire. En juillet 1975, le général Truong, qui résistait dans la jungle avec une poignée d’hommes, allait tomber sous les balles communistes. Noël de Danang. Noël du libre Sud-Vietnam. Quand les chiens couchants aboient, je serre les poings.

ALAIN SANDERS

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