O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

10 novembre 2011

Il enculait les bagnoles japonaises

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Il parait que les timides sont très souvent d’un orgueil sans borne. C’est en tout cas une théorie freudienne, ou para-freudienne…

-         « Freud, moi, je l’encule ! » comme disait Nono BM (surnom déterminé par le fait qu’il possédait une BMW, ce qui permettait de le distinguer de Nono tout court qui, lui, jouait de la guitare et roulait à vélo.)

Il est vrai qu’il enculait beaucoup de monde le Nono BM. Les gauchistes, les flics, les profs, le système, les bagnoles japonaises, l’OM, la religion, son beau frère, les écolos… Il n’y avait guère que les filles, qu’à son grand désespoir, il n’enculait pas beaucoup.

En fait, Nono BM était presque un parfait crétin, à peine sauvé par une abnégation filiale quassiment sacrificielle qui le faisait s’occuper d’une mère indigente, acariâtre et à demie folle qu’il entretenait en traficotant un peu de shit et de pièces détachées ce qui, dans la banlieue tourangelle, suffisait alors à le faire passer pour une sorte de Tony Montana ligérien.

Il n’avait jamais lu un livre en entier, se passionnait pour les futures sorties de jeux vidéos et pouvait parler durant des heures de carburateurs et de soupapes. Pourtant, il était l’ami de François, sans que ce dernier ne comprenne vraiment pourquoi. Le voisinage, l’ennui, le fait que Nono soit l’un des premiers et des rares à posséder une voiture, son impressionnante collection de VHS porno… tout cela devait sans doute jouer. Mais ce n’était pas tout. Ca ne pouvait pas être tout.

A bien y réfléchir, tant d’années après, François se mit à penser que la source de son affection d’alors résidait sans doute dans la vénération passionnée que Nono BM nourrissait pour lui et son statut (très largement usurpé) « d’intellectuel ». Au pays des aveugles… Le fait d’avoir obtenu son deug de droit « sans redoubler » l’avait définitivement classé dans la catégorie des surdoués et des purs génies aux yeux de Nono BM qui ne manquait jamais une occasion de le rappeler, non sans une certaine agressivité, à toute personne qui se permettait  de contester les vues ou opinions de François.

A cette évocation, François constata donc qu’il devait en effet, comme le voulait Freud et sous une humilité de façade, être d’un grand orgueil. Un orgueil de province néanmoins puisqu’un petit cénacle de bras cassés à demi illettrés suffisait à le nourrir. Mais tout de même... Ce qu’il aimait alors chez ses amis, c’était donc le sentiment de leur infériorité.

Peut-être était-ce là d’ailleurs la plus grande et profonde évolution de sa vie adulte, puisque c’était désormais la conscience écrasante des qualités et des mérites de ses amis qui l’attachait indéfectiblement à eux.

Quand à ses excès d’orgueil de l’époque, la vie s’était, comme souvent, chargée de les punir, Nono BM élevant avec son épouse ses trois enfants dans la ferme rénovée qui jouxtait le garage  qu’il avait ouvert, tandis que lui croupissait, confit d'alcool, sous les toits d’un immeuble de béton pisseux, au milieu de livres mal lus, de manuscrits inachevés, de débris d’enthousiasmes et du cimetière hétéroclite et désolé de ses rêves et de ses prétentions.

A quand un livre Amoyquechault ?

Posté par ONG Webmastre à 08:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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