17 mai 2008
Le peuple karen, entre survie et guérilla
Photos par Manon Ott & Grégory Cohen
Les rebelles karens se battent depuis plus de 50 ans dans l’espoir de libérer leur peuple du joug de l’armée birmane. Les karens, qui représentent l’un des principaux groupes ethniques du pays, continuent de s’accrocher au rêve de construire un Etat indépendant, Kaw Thoo Lei. L’Etat karen se situe à l’est de la Birmanie près de la frontière thaïlandaise. Cependant le territoire contrôlé par la guérilla karen n’a cessé de se réduire au fil des années. Ne disposant pas suffisamment de ressources militaires, les rebelles ont peu à peu été contraints d’utiliser des champs de mines pour protéger le peu de territoire qu’ils contrôlaient encore. En 1995, les troupes birmanes ont fait chuter Manerplaw, le quartier général de la KNU (aile politique du mouvement karen). Depuis cette date les leaders karens se sont retrouvés dans l’obligation de multiplier les liens diplomatiques avec Rangoon. Cela s’est conclu par un « gentleman agreement » avec l’ex-Premier Ministre birman le Général Khin Nyunt, en janvier 2004. Mais les pourparlers engagés, en vue d’un cessez-le-feu entre la KNU et le gouvernement birman, n’ont pas été respectés. Après une période de cessation des combats pendant 3 mois, la junte birmane a augmenté la présence militaire dans l’Etat Karen. Très vite, la relance des combats prit le dessus sur le « gentleman agreement ». Depuis novembre 2005, l’offensive des troupes birmanes a même atteint une ampleur inégalée depuis 1997. Les civils sont les premiers touchés par ce conflit. Les soldats de l’armée birmane n’hésitent pas à faire des incursions dans les villages pour piller les récoltes des paysans, confisquer leurs terres ou les contraindre au travail forcé. Les civils karen sont ainsi punis pour le soutien qu’ils auraient pu apporter aux rebelles.
Cherchant à s’extirper de cette situation, les villageois karens n’ont souvent d’autres choix que de se cacher dans la jungle. Parfois ce sont les soldats birmans qui les y obligent en brûlant leurs villages. Hla Henry du Comité de soutien aux karens déplacés de l’intérieur estime à plus de 540 000, depuis le début des combats, le nombre de personnes ayant du vivre ou vivant encore cachées dans la jungle en se déplaçant chaque jour pour ne pas être rattrapées par l’armée birmane. Certains vivent dans ses conditions et sans toit pendant des années.
Ceux qui arrivent à rejoindre les camps contrôlés par l’armée karen, vivent dans de meilleures conditions, mais ne sont pas non plus à l’abri du danger. Tous les jours plusieurs centaines de patients affèrent dans les cliniques aménagées dans les camps. La plupart des malades sont atteints de la malaria, de pneumonies ou de diarrhées aiguës que les infirmières ont du mal à traiter faute de médicaments.
Le chemin parcouru par ces personnes ayant dû abandonner leur village pour rejoindre les camps de la KNLA, est parsemé d’embûches. Elles doivent non seulement traverser des champs de mines mais prennent aussi le risque de rencontrer les troupes de l’armée birmane à tout moment.
Cependant, même si ce chemin a été long et pénible, tous gardent l’espoir de revenir chez eux, un jour, pour construire une nouvelle maison et vivre dans un pays libre et paisible.
(Pensez à soutenir même modestement la peuple karen via cette organisation : Comunita Popoli)
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