12 mai 2008
L'amour courtois chez les Mois

Ces primitifs aiment comme on a soif, comme on a faim, goulûment. Mais non sans raffinement, ni sans pudeur, malgré leur nudité. Leurs premiers rendez vous sont mêmes plus chastes que les nôtres, puisqu’ils ignorent le baiser. Je sais bien que les romans coloniaux et les films exotiques sont remplis d’indigènes bouche à bouche, et de filles de chef abandonnant leurs lèvres au jeune voyageur blanc (en général au crépuscule et sous les palmes, pour que ce soit plus poétique), mais c’est une pure invention. Les populations d’Extrême-Orient ignorent le baiser. Se coller ainsi les lèvres semblerait une malpropreté. Ces amants délicats se respirent, comme des fleurs.
Roland Dorgeles - Un Parisien chez les Sauvages (1923)
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