O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

30 mars 2008

Ils ont laissé tuer le prince Sirik Matak

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Le prince Sisowhak Sirik Matak était le meilleur ami du roi Norodom Sianouk, entre 1970 et 1975 il fut le 1er ministre du Cambodge. Les télégrammes diplomatiques, par leur sècheresse, vont à l'essentiel. Ceux échangés entre le consul, Jean Dyrac, et le Quai d'Orsay, en ces jours dramatiques d'avril 1975, montrent que la présence des dignitaires cambodgiens était jugée indésirable par Paris. En voici les principaux extraits figurant au dossier judiciaire instruit au tribunal de Créteil.

17 avril 1975, à 12 h 45, de M. Dyrac
Le diplomate annonce qu'Ung Boun Hor, président de l'Assemblée nationale, a "forcé l'entrée" de l'ambassade de France à 10 heures. "Il a excipé du droit d'asile pour la protection immédiate de sa vie, écrit le diplomate. Avec l'assistance des gardes de sécurité, j'ai tenté, mais en vain, de le refouler. Il est actuellement maintenu sous notre contrôle dans un de nos locaux. Par ailleurs, le prince Sirik Matak a cherché à me joindre par communication téléphonique pour obtenir également le droit d'asile. Je serais reconnaissant au département de bien vouloir me faire savoir d'extrême urgence la conduite à adopter à leur égard dans l'hypothèse où les nouvelles autorités demanderaient à ce que ces personnalités leur soient livrées."

17 avril, à 12 h 50, de M. Dyrac
"Le prince Sirik Matak a réussi à pénétrer dans l'enceinte de notre ambassade en franchissant les grilles, avec deux de ses gardes du corps en tenue civile."

17 avril, à 14 h 09, du cabinet du ministre à M. Dyrac
Le Quai d'Orsay expose son point de vue : impossible de donner satisfaction aux demandes des dignitaires. "Il leur reste dès lors à apprécier s'il n'est pas de leur intérêt de chercher refuge en un autre lieu et de quitter en tout état de cause rapidement le territoire de notre établissement."

18 avril, 15 h 18, de M. Dyrac aux directeurs du Quai
Le consul fait un point sur la situation, à 14 heures, dans l'enceinte de l'ambassade. Dans un bel euphémisme, il explique que l'entretien avec les représentants du comité de la ville a été "d'une cordialité réservée". Les Khmers rouges ont exprimé leur "vive satisfaction" après la reconnaissance du nouveau pouvoir par le gouvernement français. Ils ont prétendu que l'évacuation générale de Phnom Penh, "jugée indispensable, ne s'appliquait pas aux ambassades ni surtout aux Français", ce que les semaines suivantes démentiront. En outre, note le consul, ils ont souhaité obtenir la liste des blessés, qui "leur sera fournie". Autre exigence : pouvoir visiter l'ambassade. "Ce à quoi nous leur avons répondu par la promesse d'établir dans les trois jours la liste de toutes les personnes présentes."

18 avril, également envoyé à 15 h 18 par M. Dyrac Acculé, craignant une entrée en force dans l'ambassade, le consul cède aussi sur le reste.
"Suite ultimatum de la délégation du comité de la ville, je me trouve dans l'obligation, afin d'assurer la sauvegarde de nos compatriotes, de faire figurer sur la liste des personnes présentes dans l'ambassade : 1) le prince Sirik Matak et deux de ses officiers ; 2) la princesse Mom Manivong d'origine laotienne (troisième épouse du prince Sihanouk), sa fille, son gendre et petits-enfants ; 3) M. Ung Boun Hor, président de l'Assemblée nationale ; 4) M. Loeung Nal, ministre de la santé. Sauf ordre exprès et immédiat du département m'enjoignant d'accorder l'asile politique, je devrai, dans un délai qui ne pourra excéder 24 heures, livrer le nom de ces personnalités."

18 avril, 18 h 10, du cabinet du ministre à M. Dyrac
"Vous voudrez bien établir la liste nominative des ressortissants cambodgiens qui se trouvent dans les locaux de l'ambassade, afin d'être prêt à communiquer cette liste à l'expiration du délai qui vous est fixé."

20 avril, 11 h 55, de M. Dyrac consul de France.
"Après intervention de ma part, le comité de la ville a autorisé ce matin les ressortissants cambodgiens qui s'étaient réfugiés dans notre ambassade à en sortir librement, à l'exception des personnalités de l'ancien régime. Ces derniers feront partie d'un autre groupe."

20 avril, 13 h 26, de la direction politique Asie du ministère à M. Dyrac
"Veuillez préciser conditions départ envisagées pour groupe personnalités ancien régime."

20 avril 1975, 14 h 44, de M. Dyrac

"Le prince Sirik Matak et les personnalités citées en référence se sont présentés de façon très digne cet après-midi à un comité non identifié (Funk ou ANL) venu les accueillir en Jeep devant les grilles de l'ambassade."

C'est fini pour le Prince.

Posté par ONG Webmastre à 14:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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