O.N.G. - Extrême-orient(é)

Zentropasie

21 octobre 2014

La vie continue

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Toutes les archives et mots clefs de ONG

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E9-422 : un Inuit, de la toundra à la guerre de Corée

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"Moi, Edward Weetaltuk, E9-422, je suis né dans la neige alors que ma mère coupait du bois pour tenir sa famille au chaud. Mes parents avaient l'habitude de venir à Strutton Islands chaque printemps pour chasser la baleine arctique. C'est à ce moment que je suis venu au monde. " E pour Esquimau, 9 pour sa communauté, 422 pour le classement d'Eddy. 1932, dans le Grand Nord canadien : le jeune Inuit nous fait vivre la fin d'une époque. Très jeune, il décide de quitter les siens. Cachant ses origines, se faisant passer pour un " Blanc ", il s'engage dans l'armée canadienne sous une fausse identité au moment de la guerre de Corée. Vingt ans plus tard, quand il aura repris son identité, il rejoindra son peuple et consacrera le reste de sa vie à lutter contre l'alcool et la drogue qui ravagent la jeunesse inuit. " J'espère que mon histoire aidera les jeunes à trouver l'inspiration et la force de conserver leur culture, c'est la seule façon de ne pas perdre son âme. " Un regard de l'intérieur, un appel prémonitoire qu'il faut entendre à l'heure où le monde inuit est menacé de toutes parts. Eddy Weetaltuk est décédé le 2 mars 2005 en terre inuit.

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Les vrais enjeux du nucléaire nord-coréen

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La Chine plaide pour la dénucléarisation de la Corée du Nord. Les États-Unis aussi. Avec cette différence majeure que Washington menace Pyongyang d’une action militaire et que son objectif est de réunifier les deux Corées sous son égide… et à son avantage.

Le régime de la Corée du Nord (République populaire démocratique de Corée) tire son origine d’une concurrence géopolitique entre Moscou et Pékin. Ainsi, l’armée chinoise demeura-t-elle en Corée du Nord jusqu’en 1958, tandis que les continuelles tentatives de déstabilisation soviétique permirent de consolider l’alliance entre les Chinois et les Nord-Coréens ; il n’y eut guère que durant la révolution culturelle que Pyongyang prit ses distances avec Pékin. Mais lorsque les États-Unis opérèrent un rapprochement avec la Chine, la Corée du Nord se tourna vers l’Union soviétique, avec laquelle elle engagea une coopération militaire très active, ainsi qu’avec l’Allemagne de l’Est, puis avec d’autres pays comme la Syrie. À partir des années 1970, Pyongyang, appuyé sur un système de type marxiste-léniniste, a développé un formidable appareil militaire moderne qui en fait le premier pays du monde pour les dépenses militaires par habitant. La Corée du Nord s’est ainsi dotée de capacités balistiques importantes, l’Iran finançant en partie la recherche et permettant à Pyongyang de constituer un foyer mondial de la prolifération en matière de technologies balistique et nucléaire. Prenant acte de la disparition des alliés soviétique et est-allemand et de la transformation du régime chinois, la Corée du Nord a tenté plusieurs expériences de zones capitalistiques, mais qui restent anecdotiques. La situation sociale et économique du pays est dramatique : pour le régime, la terreur et la faim constituent des armes de contrôle des populations. La disparition du bloc soviétique a posé deux problèmes au régime nord-coréen : un problème énergétique, car l’URSS vendait des hydrocarbures à très bas prix, et un problème de sécurité, car l’isolement du régime s’est accru. Le lancement d’un programme nucléaire civil et militaire, dès 1989 (les Japonais ont identifié en février 1990 un site de construction d’une centrale nucléaire), est la réponse à ce double problème : diminuer sa dépendance énergétique et sanctuariser le pays grâce à l’arme atomique.

En 1993, Pyongyang annonce son retrait du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), lequel proclame le droit à l’accès au nucléaire civil, mais bannit le développement du nucléaire militaire ; en juin 1994, le président américain Bill Clinton est prêt à déclencher une guerre contre la Corée du Nord. Sous la pression, les Nord-Coréens acceptent d’abandonner leur programme en échange de la fourniture par les Américains de centrales à eau légère (accord-cadre de Genève de 1994) et de revenir dans le TNP. Mais, pour les néoconservateurs qui encadrent la présidence de George W. Bush à partir de 2000, on ne discute pas avec le « Mal » et l’idée de détente est rejetée. En 2002, les Américains rompent leurs engagements en accusant la Corée du Nord de poursuivre un programme clandestin d’enrichissement de l’uranium. Pyongyang ne nie pas mener un programme d’enrichissement à base de plutonium (à Yongbyon), mais rejette l’accusation concernant l’uranium (l’audition par le Congrès américain du responsable de la CIA en Corée du Nord, en février 2007, confirmera qu’il n’y avait effectivement pas d’enrichissement de l’uranium). La Corée du Nord expulse les inspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) en décembre 2002 et se retire à nouveau du TNP en janvier 2003. Accusant les États-Unis de déployer des armes nucléaires en Corée du Sud (Washington a toujours refusé que les inspecteurs de l’AIEA viennent contrôler ses bases), les Nord-Coréens justifient leur droit d’accès au nucléaire militaire pour se garantir d’une éventuelle attaque américaine. En revanche, ils proposent de l’abandonner en échange du retrait des troupes américaines de Corée du Sud.

L’OPTION MILITAIRE RESTE SUR LA TABLE

Plusieurs cycles de négociations à six (Corée du Nord, Corée du Sud, États-Unis, Chine, Japon, Russie) s’ouvrent alors. En septembre 2005, la Corée du Nord accepte de renoncer à la bombe si elle peut accéder au nucléaire civil et disposer de garanties de sécurité face aux États-Unis. Toute la difficulté des négociations tient dans l’absence de convergence sur l’objectif recherché. La Chine, la Russie, la Corée du Sud et le Japon ont pour objectif de dissuader la Corée du Nord de chercher à acquérir l’arme suprême. Mais si les Américains proclament officiellement le même objectif, tout semble indiquer qu’ils recherchent plus que cela : le changement du régime, un changement que craignent à la fois les Sud-Coréens (une réunification serait coûteuse économiquement et sans doute aussi politiquement, dans un contexte de concurrence exacerbée avec la Chine) et les Japonais (qui n’ont pas intérêt à voir naître un géant coréen allié des États-Unis).

En mai 2005, la conférence de révision du TNP (sur le problème nord-coréen, mais aussi celui de l’Iran) échoue. L’ancien président américain Jimmy Carter accuse alors Washington d’être le principal responsable de cet échec, car comment demander à des États de signer le TNP tout en se déclarant prêt à utiliser le premier des armes nucléaires contre des États non nucléaires ? La pression sur Pyongyang augmente encore d’un cran à la fin de l’année 2005 lorsque les Américains décident de prendre des sanctions financières. Ce qui n’empêche pas, le 9 octobre 2006, les Nord-Coréens annoncent un essai nucléaire de faible puissance, réalisé à 100 km de la frontière chinoise. Les discussions reprennent malgré tout (à Pékin) et aboutissent à la suspension temporaire des activités des installations nucléaires en échange d’une aide économique et énergétique. Un dialogue bilatéral se met aussi en place entre Nord-Coréens et Japonais. Durant l’année 2007, des progrès importants sont réalisés : les inspecteurs de l’AIEA reviennent en Corée du Nord en juin, le complexe de Yongbyon est fermé en juillet, le démantèlement complet du programme est promis par Pyongyang en septembre, et des experts américains arrivent ce même mois pour y travailler. Mais, un an plus tard, des tensions surgissent à nouveau, les Nord-Coréens affirmant en juillet 2008 qu’ils ont démantelé 80 % de leur potentiel et que les Américains n’ont réalisé que 40 % de leurs promesses. Le 2 juillet 2008, le président Bush déclare que l’option militaire reste sur la table pour résoudre la crise…

À partir de 2008, les deux pays frères campent à nouveau sur des positions dures : élection en 2008 d’un nouveau président sud-coréen, Lee Myung-bak, qui prône la fermeté ; en avril 2009, arrêt par Pyongyang des discussions sur son programme atomique avec le groupe des six (les deux Corées, la Russie, le Japon, les États-Unis et la Chine). Plusieurs tirs balistiques sont effectués en 2009 par les Nord-Coréens, provoquant des condamnations fermes du Conseil de sécurité de l’ONU. En 2010, deux incidents graves éclatent : le torpillage d’une corvette sud-coréenne et le bombardement d’une île du Sud par le Nord, faisant une cinquantaine de morts. Le refroidissement entre les deux Corées profite à la Chine : entre 2009 et 2010, le commerce entre la Corée du Nord et la Chine a augmenté d’un tiers. En 2011, Moscou joue un rôle de médiation pour ramener les Nord-Coréens à la table des négociations. Ces derniers n’excluaient pas, en mars 2011, de reprendre les discussions avec le groupe des six.

LA MENACE BALISTIQUE NORD-CORÉENNE

La Corée du Nord dispose surtout de missiles de courte portée : 600 missiles Scud d’une portée de 300 à 500 km et 100 missiles Rodong I d’une portée de 1300 km. Elle développe aussi ses capacités en missiles balistiques intercontinentaux. Le 5 juillet 2006, elle tire sept missiles dont un de type Taepodong-2 d’une portée variant entre 3500 et 6700 km, susceptible de toucher Hawaii ou l’Alaska. Les missiles s’abîment en mer du Japon. On ignore s’ils ont été détruits par les Nord-Coréens eux-mêmes ou s’il s’agit d’un échec. Le Taepodong-2 serait en voie de perfectionnement (portée de 10000 km) afin de pouvoir toucher la côte Ouest des États-Unis.

Aymeric Chauprade - Chronique du choc des civilisations (édition 2011)

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20 octobre 2014

La Grande famine en Chine 1958-1961

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L’esprit des choses : la marionnette

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Cela commence comme un souvenir d’enfance, un souvenir commun à tous les enfants, que ce soit à Tokyo ou à Istanbul, Berlin, Londres ou Paris. A l’intérieur d’un cadre joliment paré, d’étranges petits êtres s’agitent, nous font rire (ou pleurer). Pour les petits Allemands, l’un de ces personnages s’appelle Kasperl; il est Punch pour les petits Anglais tandis qu’en Italie, le bon vieux Pulcinella ravit encore le jeune public. A Lyon (sa ville natale) ou à Paris, nous l’appelons tout simplement Guignol. Quant aux Turcs, ils s’enchantent toujours des facéties de Kharageuz.

Les marionnettes ne concernent pas seulement les enfants. Dans le jardin du Luxembourg, un panneau prévient toujours qu’elles amusent « petits et gens d’esprit ». Au Japon, depuis des siècles, le Bunraku propose aux adultes ses histoires de samouraïs et d’a mours impossibles avec ses figurines de grande taille manipulées à vue par des marionnettistes vêtus de noir. Ce sont les histoires des héros de chansons de geste que nous conte l’« opera dei pupi » sicilien avec ses marionnettes à fils aux armures étincelantes. Chez les Allemands, peuple métaphysique s’il en fut, les marionnettes à gaine nous ont transmis la légende de Faust et de Méphistophélès.

La marionnette nous vient de très loin. Xénophon, dans son Banquet, les mentionne déjà sous le nom de « nevrospastoi », ce qui veut dire à peu près « mus au moyen d’une corde ». Plus tard, d’autres marionnettes apparaissent à Rome, puis dans l’Europe médiévale. L’Orient n’est pas en reste. La Chine découvre les plaisirs du théâtre d’ombre et de la marionnette à gaine alors que, dans le delta du Fleuve rouge, s’agitent, dès le XIIe siècle, les premières marionnettes sur l’eau du Vietnam.

Qu’elle soit à gaine, à fils ou à tringle, qu’elle soit stylisée jusqu’à ne devenir qu’une ombre, la marionnette est universelle. Tous les peuples à un moment de leur histoire ont eu besoin de ce miroir où se représentaient leur mémoire, leurs grandeurs, mais aussi leurs travers, voire leurs ridicules.

C’est que le pantin ou la poupée à gaine ne sont pas des êtres vivants. A force d’incarner des personnages divers, l’acteur peut inspirer une certaine inquiétude; on peut même le croire possédé par le personnage qu’il incarne (d’où l’excommunication des comédiens au temps de Molière). La marionnette, elle, rassure. Elle ne prétend pas au réalisme, encore moins à l’incarnation: elle est toute représentation. Une marionnette n’a pas d’états d’âme. Les émotions qu’inspire son humanité stylisée naissent d’une pure convention où la réalité ne peut s’immiscer. Cela est si vrai que l’un des thèmes favoris du cinéma d’épouvante demeure la marionnette ou la poupée de ventriloque soudain animée d’une existence propre. La seule exception est peut être le Pinocchio de Carlo Collodi (pas celui de Disney) qui se meut d’ailleurs dans un univers bien sombre.

Dans son théâtre particulier, le castelet, la marionnette nous offre un monde radicalement séparé du nôtre. Et malheur à celui qui se laisse prendre au jeu comme Don Quichotte venu secourir Don Gaïferos sur le théâtre de Maître Pierre! Il y découvrira son insupportable folie. On ne touche pas aux marionnettes comme on ne touche pas à un rêve: la magie se volatiliserait sans retour.

Car c’est bien de magie qu’il s’agit, une magie ancienne mais toujours active, souvent même dans les formes les moins traditionnelles, en apparence. D’une certaine façon, la télévision, cette grande réductrice, continue à perpétuer cette magie. Certains se souviennent peut-être des marottes d’André Tahon, le père de la regrettée chenille Ploom. Plus proche de nous, le Muppet Show de Jim Henson sut donner un coup de jeune à un art antique, tout comme, un degré en dessous, les Guignols, d’ailleurs repris des « spitting images » anglo-saxonnes. La vulgarité et parfois la sottise sont trop souvent au rendez-vous. Mais peuton reprocher à une marionnette de n’être qu’un miroir? Là est sans doute la tragédie des marionnettes: devenir trop facilement prisonnières de l’air du temps.  Jean-Michel Diard

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Les Nouveaux Barbares aux portes de la Chine

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Pour Pékin, les Nouveaux Barbares sont essentiellement les Américains, dont la politique d’encerclement de la Chine peut s’appuyer sur un puissant réseau d’alliances militaires. Mais, pour desserrer l’étreinte, les Chinois ont su créer un contrepoids, notamment en se rapprochant de la Russie. Jusqu’au XIXe siècle, les Barbares, méprisés mais craints par les Chinois, venaient essentiellement d’Asie centrale : leurs vagues successives inspirèrent la construction de la Grande Muraille. Et, de la muraille nucléaire à la conquête spatiale, les plus grands efforts de dépassement du peuple chinois résultent aujourd’hui de sa résistance à la puissance matérielle des Nouveaux Barbares, souvent supérieure à celle des Chinois, malgré – pensent-ils – une « infériorité civilisationnelle ». On ne soulignera jamais assez le traumatisme qu’a constitué, dans la mentalité chinoise, le dépeçage de leur pays par les Européens (Russie, Angleterre, France, Allemagne), résultat des « traités inégaux » du XIXe siècle. L’emploi de l’opium par les Anglais comme arme de guerre reste un souvenir humiliant, de même que la volonté des Soviétiques, durant la guerre froide, de diriger le communisme chinois, cause essentielle de la rupture sino-russe.

Pour les Chinois du XXIe siècle, les Nouveaux Barbares sont essentiellement les Américains. Les États-Unis cherchent en effet à contenir la montée en puissance de la Chine en encerclant celle-ci d’ouest en est, de l’Asie centrale jusqu’à la Corée du Sud, en passant par Taïwan. Mais Pékin refuse de dépendre de Washington pour son approvisionnement énergétique, comme il refuse un ordre international dominé par le mondialisme américain. Tant pis s’il faut se rapprocher de vassaux potentiels (Russes et Indiens) ou d’autres Barbares (Français, Iraniens ou Vénézuéliens). L’important pour les stratèges chinois est de constituer un axe de contrepoids permettant de faire échec à l’unipolarité voulue par Washington et de favoriser au contraire l’équilibre multipolaire, en attendant de disposer des moyens suffisants pour restaurer l’unipolarité chinoise dans le cercle des vassaux.

UNE STRATÉGIE D’ENDIGUEMENT

L’Empire du Milieu a toujours été fragile face aux idéologies étrangères venues du deuxième cercle (bouddhisme) comme du cercle des Barbares (christianismes nestorien et catholique, évangélisme protestant, mondialisme « droits-de-l’hommiste », islamisme), qui forment autant de défis pour la mentalité confucéenne. Ces idéologies peuvent se coaliser avec les forces centrifuges (séparatisme tibétain, taïwanais ou ouïgour) et venir remettre en cause l’unité du vieil empire. Pour Pékin, face aux Barbares, l’enjeu est une fois encore de se moderniser pour devenir puissant ; il faut donc s’ouvrir à la modernité technique et économique de l’Occident, mais refuser son métissage. Le 11 septembre 2001 a permis aux Américains de se redéployer dans le monde et, ce faisant, de renforcer leur encerclement diplomatique et stratégique de la Chine. L’Amérique est présente en Asie centrale, à l’ouest de la Chine, en Afghanistan et au Kirghizstan. Elle maintient son alliance avec le Pakistan, malgré la pression croissante de l’islamisme radical. Elle cherche à faire de l’Inde, puissance nucléaire et navale, un allié face à la Chine. Elle se rapproche du Vietnam, qui s’oppose depuis toujours à l’influence chinoise dans la péninsule indochinoise. (Mais la Chine se désenclave vers l’océan Indien grâce à son allié birman.) Washington peut compter aussi sur ses alliés taïwanais, japonais et sud-coréens.

La guerre mondiale contre le terrorisme menée par les Américains est donc en l’occurrence le « masque » d’une stratégie d’endiguement de l’adversaire chinois, comparable à celle qui fut déployée contre l’URSS durant la guerre froide. Mais la Chine dispose de nombreux atouts pour desserrer cette étreinte. L’axe sino-russe est le principal contrepoids à la toute-puissance américaine dans le monde. Les Chinois ont besoin du pétrole et du gaz russe, et ils ne peuvent accéder au Turkestan russe (les anciennes républiques musulmanes de l’URSS) qu’en construisant des partenariats avec les Russes.

CONVERGENCES ENTRE LA CHINE ET LA RUSSIE

Certes, la Russie peut craindre une sinisation de sa périphérie orientale ; l’immense Russie est un nain démographique, si on la compare à sa voisine chinoise, et sa faible densité de population en Sibérie et plus à l’est encore doit être opposée au trop-plein démographique chinois. Cependant, Moscou et Pékin partagent une même volonté de bâtir un monde multipolaire et de faire échec au projet global des États-Unis (en mai 2008, les présidents chinois et russe ont affirmé ensemble leur opposition au projet américain de bouclier antimissile). Et ils sont attachés au droit international, donc au respect des souverainetés et des frontières.

La Russie et la Chine ont réglé ces dernières années tous leurs différends frontaliers : Pékin reconnaît la souveraineté russe sur la Tchétchénie et Moscou reconnaît l’appartenance du Tibet à la Chine. A contrario, les Russes ont toujours un différend avec le Japon à propos des îles Kouriles. Les Chinois et les Russes ont aussi le même intérêt à contenir le fondamentalisme islamique en Asie centrale. Ces convergences ont amené Pékin et Moscou, en 2001, à constituer avec le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan (sa frontière, au niveau du Pamir oriental, reste contestée par Pékin) et le Kirghizstan, l’Organisation de la coopération de Shanghai (dit Groupe de Shanghai). Ces pays ont admis comme observateurs la Mongolie (2004) puis, un an plus tard, l’Inde, l’Iran et le Pakistan, mais ils ont refusé ce statut aux États-Unis. Face à Washington, il s’agit d’un ensemble (pays membres et observateurs) de 2,8 milliards d’êtres humains.

Aymeric Chauprade - Chronique du choc des civilisations (édition 2011)

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17 octobre 2014

La painite

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La painite est une espèce minérale extrêment rare du groupe des borates et du sous-groupe des nésoborates (inselborates), de formule CaZrAl9O15(BO3). Elle a été décrite en 1956 par Claringbull, G.F., M.H. Hey, et C.J. Payne; elle fut nommée ainsi en l'honneur de Arthur Charles Davy Pain (?–1971), collectionneur de gemmes et de minéraux anglais, qui notifia pour la première fois l'espèce. Avant 2000, il n'y avait que trois cristaux de painite connus. Ce n'est qu'en 2001 que le quatrième cristal a été découvert et c'est en 2005 que la majorité des spécimens ont été trouvés, tous en Birmanie.

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No way !

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L’Empire du Milieu se réveille

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Il y a la Chine au milieu du monde et, tout autour, un vaste cercle de vassaux représentant la totalité de l’espace civilisationnel asiatique… Cette vision géopolitique est profondément ancrée dans la tradition impériale chinoise. Elle est toujours d’actualité. Ce ne sont pas seulement son identité (ethnie et civilisation), son mouvement (colonisation), son orientation (terrestre plus que maritime) et ses besoins (la recherche de l’autosuffisance) qui caractérisent la géopolitique chinoise. C’est aussi la perception de l’étranger, organisée en cercles concentriques. Au milieu du monde, il y a le coeur han : la Chine. Autour, le premier cercle, les marches coloniales où les pionniers chinois submergent des ethnies moins nombreuses. Puis vient le deuxième cercle, celui des vassaux, lesquels doivent demeurer soumis et loyaux à l’empire. Les peuples considérés comme naturellement vassaux sont les Coréens, les Japonais, les Indochinois (Vietnamiens, Khmers, Thaïs), cet espace de civilisation asiatique imprégné par la civilisation chinoise. Au-delà des vassaux, en Europe, dans les islams arabe, turc et perse, en Amérique, on est dans le cercle des Barbares.

Avec les vassaux, des relations institutionnelles s’imposent, mais le mélange n’est pas possible. Avec les Barbares, sauf à devoir subir leur irruption brutale mais provisoire (des Huns jusqu’aux Européens), le contact est à éviter. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ambassades européennes venues chercher l’ouverture de relations avec un monde nouveau sont interprétées à la cour de l’empereur de Chine comme des gestes de vassalité. Pour les Chinois, le rapport de force commande les traités, par définition inégaux c’est-à-dire provisoires. Le traité protège de la puissance de l’autre, mais il ne doit jamais limiter sa propre puissance ; cependant, les reconquêtes ne seront tentées qu’en situation de supériorité évidente. Ce que le juridisme européen (particulièrement français) regarde comme frontière intangible n’est en Chine que ligne de cessez-le-feu. Sans doute n’y a-t-il pas de mondialisme chinois comparable au mondialisme américain (la recherche de l’Amérique-monde) ; pour autant, la Chine n’est pas bornée : son espace potentiel englobe le monde des vassaux, c'est-à-dire l’intégralité de l’espace civilisationnel asiatique.

Au XVIIIe siècle, les royaumes périphériques de Corée, de Birmanie, du Siam ou du Népal furent vassalisés. Régulièrement, Vietnam et Corée firent l’objet de tentatives de remise au pas. Quand, en 1979, Pékin a lancé une opération militaire contre le Vietnam, elle l’a clairement présentée comme une « punition ». C’est bien cette idée de vassalité, dans un contexte de montée en puissance de la Chine qui fait peur, de Tokyo jusqu’à Moscou (la Russie a aussi une partie asiatique), en passant par Séoul ou Hanoï. Mais, pour l’heure, la reconstitution de la prééminence sur les vassaux ne se traduit qu’à travers la dimension économique (voir encadré). Seul le Japon, toujours redouté de Pékin, possède la capacité de concurrencer la Chine dans sa volonté de prééminence sur les vassaux. Ce sont les revers face au Japon, à partir de la fin du XIXe siècle, qui ont entamé la légitimité de l’« Empire céleste » et causé la montée des forces révolutionnaires. Aussi, aujourd’hui, les Chinois ne veulent-ils pas d’un retour politique et militaire du Japon ; ils refusent la perspective d’un siège permanent japonais au Conseil de sécurité de l’ONU comme celle de l’accès au nucléaire militaire. Mais Tokyo, de son côté, accepte mal l’idée d’une perte de son statut de première puissance asiatique au profit de la Chine… Début 2011, pourtant, la Chine est devenue la deuxième économie du monde devant le Japon.

UNE SPHÈRE CHINOISE DE COPROSPÉRITÉ ?

En 2004, les dix pays membres de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), à savoir la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam, se sont réunis avec la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Australie ont décidé de créer, la plus vaste zone de libre-échange du monde, soit plus de 3 milliards d’êtres humains. La Chine et l’Inde seront sans doute un jour les deux grands moteurs de cette zone de libre-échange, entrée en vigueur le 1er janvier 2010.

Aymeric Chauprade - Chronique du choc des civilisations (édition 2011)

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16 octobre 2014

Les soldats américains de la guerre du Viet Nam

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Il n’a rien a céder en virilité et en santé aux dieux de l’Olympe et du Walhalla

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Ce christianisme-là était mâle, compréhensif, mais affirmatif, portant bravement les contradictions du monde et les résolvants par la complexe organisation de l’esprit et de la vie qu’il offrait aux hommes. Ce Christianisme-là, qui est venu providentiellement servir notre face et notre climat, s’inscrit aux tympans des cathédrales, dans la figure vigoureuse, juvénile et puissante du Christ triomphant, aux cotés de qui est assise la Vierge Mère. Il n’a rien a céder en virilité et en santé aux dieux de l’Olympe et du Walhalla, tout en étant plus riche qu’eux en secrets subtils qui lui viennent des dieux de l’Asie.

Drieu La Rochelle, Chronique politique 21 juin 1938.

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兀突骨 MI High School Jam

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La Chine en quête d’énergie

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Soucieuse de sécuriser ses sources d’approvisionnement énergétique et de maintenir sa formidable croissance économique, la Chine multiplie les partenariats dans le monde. La politique qu’elle a engagée en Afrique subsaharienne est à cet égard exemplaire. D’autant qu’elle est exempte du colonialisme idéologique et moral que les Africains reprochent généralement à l’Occident. Cette projection se fait aussi en Asie centrale et en Amérique latine. Toute l’histoire de la Chine est ponctuée, en plus des catastrophes naturelles (inondations, séismes…) de famines dramatiques. On peut même affirmer que l’enjeu alimentaire est, avec la gestion de l’eau, la raison d’être essentielle d’une bureaucratie forte et de collectivisations agraires récurrentes sous les empereurs comme sous le régime communisme. Cette constante s’exprime aujourd’hui sous la forme d’un besoin de plus en plus grand en énergie et en matières premières, résultant d’une croissance économique forte. En s’installant au Moyen-Orient, réservoir pétrolier de la planète, les États-Unis sont en train de contrôler la dépendance énergétique de la Chine. Pékin doit donc diversifier ses approvisionnements.

C’est le sens des rapprochements que les Chinois tentent avec la Russie (en concurrence avec le Japon), l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Venezuela ou des pays africains du golfe de Guinée. De même vont-ils chercher dans le partenariat avec le Brésil une coopération nucléaire, ou, dans celui avec le Chili, le cuivre indispensable à leur industrie électronique. L’Afrique est devenue une direction essentielle dans la projection mondiale de la Chine. Les Chinois, au moins depuis le début des années 2000, développent des partenariats économiques et politiques avec de nombreux États d’Afrique noire. La Chine est le troisième partenaire commercial de l’Afrique derrière les États-Unis et la France. C’est non seulement l’or noir qui intéresse les Chinois (au Nigeria, en Angola, en Guinée Équatoriale, au Congo-Brazzaville, au Gabon, au Soudan), mais aussi la construction, l’exploitation des minerais, du bois précieux, les terres agricoles, les réseaux de télécommunications…

En novembre 2006, puis en novembre 2009, à l’occasion de sommets de grande ampleur, les dirigeants de quarante-huit, puis quarante-neuf pays africains se sont rendus à Pékin et à Charm El-Cheikh. La Chine est en train de prendre en main le développement de l’Afrique subsaharienne, dans une logique qui présente parfois des traits similaires à la colonisation (l’envoi en masse d’ingénieurs, de contremaîtres), mais qui se distingue en même temps fortement d’un néocolonialisme « donneur de leçons » propre à l’Occident et que ne supportent plus ni les Chinois ni les Africains.

INSTITUTS CONFUCIUS EN AFRIQUE

À la différence des aides américaine ou française, l’aide chinoise au développement n’est pas conditionnée politiquement (à la démocratie et au respect des droits de l’homme) ; la seule exigence de Pékin auprès des Africains est de ne pas reconnaître Taïwan en tant qu’État souverain. En Afrique, la Chine déploie sa vision des relations internationales fondée sur le respect des souverainetés étatiques et le refus de l’ingérence. Son objectif est de constituer à l’ONU un puissant groupe de pays lui étant favorables, au sein duquel se trouveraient de nombreux pays africains, ainsi que quelques pays d’Amérique latine. Pour les Chinois, le continent africain est à la fois un réservoir pétrolier, une zone d’influence (les instituts Confucius vont faire du chinois une langue répandue parmi les élites africaines), un réservoir de soutiens politiques pour l’ONU, un débouché pour les produits chinois… Les investissements directs chinois en Afrique sont passés de 491 millions de dollars en 2003 à 7,8 milliards fin 2008. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont été multipliés par 10 entre 2000 et 2008 (106,8 milliards de dollars).

DÉPENDANCE PÉTROLIÈRE

Chaque année, depuis le début des années 2000, la croissance de la consommation de pétrole brut de la Chine dépasse les 10 % (chiffre proche de sa croissance économique). Si l’Amérique absorbe le quart du pétrole consommé mondialement, la Chine en consommait 10 % en 2010. La Chine est devenue importatrice de pétrole en 1993. Ses importations représentent plus de 35 % de ses besoins, cette proportion ne faisant qu’augmenter : en 2030, la Chine devrait importer 60 % de son pétrole, dont plus des 2/3 viendront du Moyen-Orient : elle devra donc avoir accès à l’Arabie Saoudite, à l’Iran, à l’Irak… C’est pourquoi la politique américaine de contrôle des grandes zones pétrolifères l’inquiète au plus haut point. C’est aussi pourquoi la Russie reste une alternative de premier plan.

Aymeric Chauprade - Chronique du choc des civilisations (édition 2011)

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15 octobre 2014

L’opium en Chine

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Il a compris que le temps des hommes libres était terminé

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Il fuma quatre pipes en silences, se gorgeant de fumée noire, puis passa le bambou à Julien. Enfin apaisé, il parla. Ses phrases étaient entrecoupées de longs silences :
- Je crois savoir, Julien, pourquoi Résengier est revenu en Indochine.
- Il se faisait suer en France, sa femme était laide, ses gosses l’empêchaient de dormir.
- Il a compris que le temps des hommes libres était terminé, en Europe comme en Asie, qu’il faudra vivre entassés les uns sur les autres, sans pouvoir bouger le coude pour ne pas l’entrer dans le ventre du voisin, ni le pied pour ne pas écraser son orteil… le monde des ruminants avec des enclos à l’infini, et des barrières et des censures et des casernes et des gendarmes. Alors il est revenu…

Jean Lartéguy, Le mal jaune.

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La Dialectique peut-elle casser des briques ? (1973)

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Pékin-Washington : duel dans le Pacifique

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Pour Pékin, le chemin de la puissance maritime mondiale passe d’abord par l’élimination de cette formidable canonnière américaine pointée sur le continent que constitue l’île de Taïwan, de l’autre côté du détroit de Formose. C’est pourquoi la réunification avec Taïwan demeure bien la première priorité géopolitique de la Chine. N’est-il pas étonnant de constater qu’un pays disposant de milliers de kilomètres de côtes n’a pratiquement à s’enorgueillir, dans sa longue histoire, que de la politique navale d’un empereur Ming, lequel entendait assurer à la Chine la suprématie de son pavillon sur les mers de la Sonde et l’océan Indien ? L’une des constantes géopolitiques de la Chine est qu’elle a toujours privilégié la terre au détriment de la mer, ceci parce qu’elle est une civilisation de paysans accouplée à la force de conquérants nomades bien plus qu’un peuple de marins. Les mandarins de l’État impérial, tout occupés qu’ils étaient à l’administration des fleuves nourriciers (une hydro-politique comparable à celle des États mésopotamien ou égyptien), se sont toujours méfiés des aventures maritimes. Au XVIe siècle, au moment même où les Européens ouvrent les grandes routes océaniques, ils vont jusqu’à condamner à mort ceux qui osent construire des bâtiments à plusieurs mâts.

Depuis les années 1970 cependant, alors que la stabilisation territoriale est en cours (traités sur les frontières avec la Russie, l’Inde et les pays d’Indochine), les ambitions maritimes chinoises se réveillent. Pour Pékin, la première priorité géopolitique est la récupération de Taïwan. La seconde, le renforcement de l’influence en mer de Chine, notamment par le contrôle de l’archipel des Paracel et des îlots Spratley. L’enjeu est le maintien à terme de l’unité continentale elle-même entre Chine du Nord, Chine du Centre et Chine méridionale, les trois blocs qui se sont régulièrement détachés. Une Chine méridionale de plus en plus liée économiquement et culturellement à une île taïwanaise indépendante représenterait un danger pour l’unité de l’empire. Si les Chinois « vont à la mer », c’est donc parce qu’ils recherchent la consolidation de la terre et non l’empire maritime mondial. De même, au-delà de la mer de Chine et en direction de l’océan Indien, les nouvelles ambitions maritimes chinoises s’expliquent par la recherche de la sécurité des approvisionnements énergétiques en provenance du Moyen-Orient. Là encore, il s’agit d’ajouter une ceinture de sécurité maritime à la construction continentale. Tel est le sens des facilités d’accès naval demandées par Pékin au Pakistan, au Bangladesh et à la Birmanie.

« Quel eût été le destin de l’Asie si, en abordant aux Indes et en Malaisie, les navigateurs européens y avaient trouvé établie une thalassocratie chinoise ? », se demande René Grousset. La question retrouve son actualité au moment où les ambitions maritimes chinoises croisent le développement d’une puissante diaspora dans les pays de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN). Face aux États-Unis, après avoir affirmé sa puissance dans une première chaîne d’îles, limitée par le Japon, Taïwan, les Philippines et la Malaisie, une volonté de plus long terme pourrait être de contester la suprématie américaine sur une deuxième chaîne d’îles, des Kouriles jusqu’aux Mariannes et aux Carolines.

TENSIONS DANS LE DÉTROIT DE FORMOSE

En 1997, les Anglais rendent Hong Kong à la Chine. Deux ans plus tard, c’est au tour des Portugais de rétrocéder Macao. Pour Pékin, la logique de réunification est en marche et Taïwan est la prochaine étape. L’appartenance historique de l’île à la Chine est difficilement contestable (le rattachement date de 1683) ; le peuplement est presque totalement chinois (90 % de la population, des Chinois originaires de la province du Fujian). L’île a été arrachée à la Chine continentale par le Japon (traité de Shimonoseki de 1895). Le retrait brutal des Japonais en 1945 a ensuite établi entre la Chine continentale et Formose (le nom occidental de Taïwan employé à l’époque) un partage entre communistes et nationalistes chinois, semblable à celui existant entre Corée du Sud et Corée du Nord.
Mais, à ses yeux, la Chine n’aura jamais récupéré sa souveraineté complète sans une réunification. Elle peut tolérer deux systèmes politiques, mais au sein d’un seul pays. C’est pourquoi l’Armée populaire de libération se tient prête à la guerre. Les années de pouvoir du parti séparatiste taïwanais (entre 2000 et 2008) ont d’ailleurs entraîné des tensions importantes dans le détroit de Formose, et le gouvernement central de Pékin a fait voter en 2005 la fameuse loi dite « anti-sécession » qui prévoit l’usage de moyens « non pacifiques » en cas de déclaration d’indépendance. Taïwan est le bastion avancé de l’Amérique en Asie orientale. Washington en a fait une véritable forteresse militaire, dotée d’une armée impressionnante par rapport à la taille du territoire et de sa population (23 millions). Toutefois, en cas de conflit, la flotte américaine du Pacifique interviendrait sous deux conditions : que la République populaire de Chine ait déclaré les hostilités la première et que Taïwan n’ait pas proclamé son indépendance. Washington reconnaît le caractère exclusivement chinois de Taïwan en droit international, mais s’appuie dans le même temps sur le Taïwan Relations Act voté en 1979 par le Congrès pour favoriser l’autonomie (sans aller trop loin cependant : ainsi les Américains ont-ils refusé, en 2001, de vendre à Taïwan des systèmes de défense antimissiles très sophistiqués).

VERS L’INTÉGRATION ÉCONOMIQUE

Si les Américains ont toujours su modérer les ardeurs indépendantistes de Taïwan, ils devront à l’avenir prévenir une éventuelle réconciliation entre les héritiers du Guomindang revenus au pouvoir en 2008 et le pouvoir central de Pékin. L’île et le continent sont de plus en plus intégrés économiquement, surtout l’accord de libre-échange historique du 29 juin 2010. Plus d’1,5 million de Taïwanais travaillent sur le continent et beaucoup d’industries de l’île ont délocalisé leurs sites de production de l’autre côté du détroit. Désormais, les Taïwanais sont associés aux accords de libre-échange reliant la Chine continentale, d’une part, à la Corée du Sud et, d’autre part, à l’Asie du Sud-Est. Pékin a rassuré les Taïwanais en s’appuyant sur les exemples de Hong Kong et Macao, où le capitalisme n’a pas été mis en danger.

L’ASCENSION MARITIME DE LA CHINE

La Chine poursuit au moins trois objectifs en matière de puissance maritime.

• Premièrement disposer de porte-avions capable de rivaliser avec la flotte américaine en cas de conflit dans le détroit de Taïwan. La crise de 1995-1996 avait provoqué un débat à Pékin entre partisans et opposants des porte-avions. Le choix est fait. Le premier porte-avions chinois sera admis au service actif en 2012 : un bâtiment russe de la classe Kiev rénové. Viendront d’ici 2022, trois nouveaux bâtiments. Rappelons que les Américains disposent eux de douze porte-avions nucléaires.

• Deuxièmement la Chine veut se doter d’une flotte marchande capable de répondre à ses besoins de commerce et d’approvisionnement en matières premières. 90 % du commerce chinois emprunte la voie maritime. Déjà les Chinois ont la quatrième flotte marchande au monde et la troisième industrie navale.

• Troisièmement, les ambitions de la Chine en matière de souveraineté maritime sont immenses. En comptant les îles disputées en mer de Chine du Sud (Spratleys et Paracel) ou avec le Japon et la Corée du Sud, ce sont plus de 3 millions de km2 de zones économiques exclusives et d’extension du plateau continental qui sont revendiqués. La stratégie du fait accompli est souvent celle retenue : février 2010, douze monuments destinés à « marquer de manière perpétuelle » la frontière maritime de la Chine sont construits en mer de Chine orientale. Mais les Chinois savent aussi jouer l’apaisement : le 31 mai 2010, Pékin et Tokyo créent une ligne directe afin de prévenir les incidents en mer entre les deux flottes rivales. La compétition actuelle entre Pékin et Washington dans le Pacifique préfigure-t-elle ce qui fut le duel États-Unis-Japon avant l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale ?

LE GUOMINDANG

Fondé par Sun Yat-sen en 1912, le Guomindang (ou Kuomintang) fut dirigé par le maréchal Tchang Kaï-chek pendant la guerre sino-japonaise, puis pendant la guerre civile qui l’opposa aux communistes. Après la victoire de Mao Tsé-toung en 1949, Tchang Kaï-chek et le Guomindang se replièrent sur l’île de Taïwan (ou Formose), où le vieux parti nationaliste de Sun Yat-sen exerça un pouvoir quasi absolu jusqu’en 1980. Aujourd’hui, le Guomindang se tient sur une ligne médiane : s’il rejette toute idée d’indépendance de l’île et s’il prône une politique de rapprochement avec Pékin, il n’envisage pas de réunification immédiate, bien que celle-ci constitue son objectif historique.

Aymeric Chauprade - Chronique du choc des civilisations (édition 2011)

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